rock-en-seine-2015C’est le meilleur et le pire de Rock en Seine. Comme chaque année, les vacances se prolongent durant 3 jours sur le Domaine National de Saint-Cloud. Entre espoirs des Avant Seine avec We Are Match, Iñigo Montoya! ou Lewis Evans, confirmés avec The Libertines, The Offspring, Chemical Brothers ou Tame Impala, Rock en Seine a vibré au rythme du rock actuel. Quelques jolis moments et belles surprises avec Fuzz, Kasabian, My Morning Jacket ou Balthazar, quelques grandes déceptions avec The Libertines surtout, retour sur mes moments de l’édition 2015.

Une programmation particulière mais bien comme il faut

Avant de démarrer ce report sur Rock en Seine, faisons d’abord un point sur cette programmation assez particulière cette année. Avec 2 millions de budget pour la partie artistique, Rock en Seine fait figure de festival mastodonte en France. Capable de s’offrir les plus belles têtes d’affiche, des artistes capable de vendre à eux seuls toute une journée. Au menu des artistes confirmés, on retrouve The Libertines en tête pour une exclu française, The Chemical Brothers, The Offspring et Tame Impala, Kasabian ou FFS pour la demie-mesure. Mais rien au niveau d’un Queen Of The Stone Age ou d’un System of A Down des années précédentes. Il y avait donc matière à discuter, et à s’inquiéter sur le papier, pour certains, mais au final la programmation en ressort bien plus lumineuse, selon moi, car plus compacte, plus complémentaire. Evidente même. Pas de gros cador, mais des groupes phare de leur scène rock et qui peuvent plaire à l’ensemble des festivaliers, des groupes qui assurent un plateau sur toute la longueur d’une journée. A l’exception d’une Pression Live qui partait un peu dans tous les sens, niveau esthétique de programmation, chaque scène a tenu son rôle et ses promesses. Surtout les scènes Île-de-France et Industrie avec ses espoirs Avant-Seine. Une 13è édition de Rock en Seine marquée aussi par la chance vue la météo lumineuse durant ces 3 jours. Bien différent des années précédentes. Une chaleur parfois étouffante mais on ne va pas se plaindre. L’été parisien a été incroyable. A l’image de certains moments de Rock en Seine.

Des VKNG prêts à la conquête et un lumineux John Butler Trio pour lancer les festivités

Arrivé promptement sur les lieux de la fête, juste le moment de découvrir les mystiques Ghost et de capter les derniers moments dansant de VKNG. Beaucoup de monde déjà sur la Grande Scène pour la messe noire, parfois violente, de Ghost, le parterre de fidèles dévoué à la cause du hard rock était à leur aise et avait bien raison de ne pas rater cette mise en bouche.

De mon côté, c’est la découverte VKNG qui m’aura le plus amusé. Une electro-pop parfois classique, mais produite et réalisé avec la plus grosse des envies sur scène. Ces derniers mois, l’ascension de VKNG se fait à un rythme appuyé et implacable, tel un drakkar chargé de guerriers prêt à en découdre. Attention, de gentils guerriers surtout, des guerriers parés au combat et à tout pour vous amuser. VKNG composé du duo Maxime Delpierre et Thomas de Pourquery n’a que des intentions pacifiques. Deux artistes embarqués dans un nouveau projet baigné de pop, de disco, de new wave… Tout ce qui peut faire danser. À peu près tout ce qu’il faut pour les grandes conquêtes.

Au final, la véritable mise en bouche se passait plutôt du côté de la Grande Scène. John Butler Trio et leur folk-rock universel ont régalé pour l’apéro. Ambiance lycée des années 2000, nostalgie de ces Australiens impossible à jouer sur nos guitares, impressionné à chaque fois qu’on peut les voir sur scène. Toujours aussi virtuose, une énergie toujours aussi communicative, des sourires lumineux, John Butler Trio sonne le début de ce Rock en Seine sous les meilleurs auspices et de la plus belle des manières.

On va pas se gêner, écoutons un peu de John Butler Trio avec leur dernier album Flesh & Blood.

Des sacrifices s'il le faut il en fera, il en a déjà fait mais toujours le poing levé / © Photo de Nicolas Joubard
Des sacrifices s’il le faut il en fera, il en a déjà fait mais toujours le poing levé – © Photo de Nicolas Joubard
Quand on lui a dit qu’il y avait The Libertines le lendemain – © Photo Olivier Hoffschir

Charmant Lewis Evans

Continuons avec une découverte, une belle découverte. Mais une découverte pas tant que ça, puisque Lewis Evans avait déjà régalé au chant au sein de Lanskies et d’Aftersex. Mis le rock de côté, le voilà devenu songwriteur. Lewis Evans se définit désormais comme un « Self Styled Crooner », un amoureux des 60’s, des femmes et des joyeuses mélodies. Venu de Liverpool, il a choisi les côtes de Normandie pour éclore et le rivage de la jungle de Rock en Seine pour se faire découvrir comme il se doit, en charmant nos demoiselles sur le passage bien sûr. Sélection des Avant Seine, il fait chapiteau comble pour son premier Rock en Seine. Dandy poétique, il embarque la jolie foule dans son univers pop folk coloré. Un songwriting et des mélodies amusantes pour ce véritable personnage empruntant aussi bien l’espièglerie de Baxter Dury que la classe de Neil Hannon. Première belle découverte d’une longue série. Vivement l’album dans quelques semaines. Un album travaillé en compagnie de Gaëtan Roussel et Keren Ann, ça donne envie.

Transgénérationnel FFS

Attention, la classe. Attention, la claque. D’un côté Franz Ferdinand pour les plus ou moins jeunes, de l’autre Sparks pour les beaucoup plus âgés. FFS ou la rencontre de deux géants du rock pour sans conteste le supergroupe de l’année. Deux groupes qui auraient fusionné pour en créer un harmonieux troisième ? Il y a bien eu des associations de prestige plus ou moins heureuses – Pearl Jam avec Neil Young, Metallica avec Lou Reed ou, plus récemment, l’expérimentale rencontre entre Savages et Bo Ningen, mais on ne trouve pas de véritable précédent dans l’univers pop rock. Une intrigante rencontre transgénérationnelle, d’autant plus surprenante en cette ère de la hype orchestrée qu’elle fut élaborée dans le secret. Une véritable et belle leçon d’amitié et d’amour mutuel pour la pop fringuante et racée. La preuve avec l’album FFS sorti début juin. 30 ans les séparent mais l’alchimie sur scène est plus qu’évidente. Chacun dans son style, Alex Kapranos et Russel Mael s’éclatent et diffusent leur bonne humeur à toutes les générations réunies devant eux. Alternant le rock des guitares « franziennes » et solos de piano « sparksiens », les deux groupes prennent un plaisir manifeste à mêler leurs répertoires devant un public conquis aussi bien pour les uns que pour les autres, et vice versa. Tout le monde se retrouvent dans le goût de la mélodie, du glam et du rock. Ce concert est un des coups gagnants de Rock en Seine.

À lire aussi ☞  Retour sur le Pitchfork Music Festival 2015

>> Le concert de FFS est à revoir à la fin de l’article grâce à CultureBox. <<

Ne pas se fier aux habits, c'était la grande classe
Ne vous fiez pas aux habits, c’était la grande classe – © Photo de Olivier Hoffschir

Prometteur Iñigo Montoya!

Rencontré en amont de leur concert au comptoir du Torréfacteur, les Iñigo Montoya! semblent plutôt serein à l’idée de faire leur premier Rock en Seine. Ils répondent dans la plus grande décontraction et jovialité à mes questions sur leur musique, leur nom, leur amitié. Quelques heures plus tard, ce bel espoir de la pop française a encore fait mouche sous la tente comble de la scène Île-de-France, encore une fois. Entre envolées électriques et textes habités, la musique de Iñigo Montoya! propose ce psychédélisme raffiné qui manquait beaucoup à la pop française ces dernières années. Le petit groupe indie qui monte, qui monte et dont il serait dommage de passer à côté. A ne pas louper le 12 septembre à la Fête de l’Huma pour ceux qui pourront. Leur premier EP est à écouter aussi.

Indémodable The Offspring, encore et toujours

Le choix est difficile, mais l’évidence du coeur donne raison. Obligé de délaisser Miossec pour voir, enfin, The Offspring, groupe emblématique de mon adolescence. Je n’étais pas le seul à les attendre d’ailleurs, à en juger la foule de t-shirts à leur effigie, fleurissant dans cette jungle de trentenaire près à en découdre. You’re Gonna Go Far, Kid démarre en trombe. La voix bien puissante et bien en place de Dexter Holland, la guitare bien acérée de Noodles, la batterie impressionnante du nouveau venu Pete Parada. Tout est incroyable, et les craintes d’un revival marketing sont vite effacées, The Offspring est en très grande forme. En forme, c’est peu dire avec ces quelques kilos pris avec les années… comme l’impression d’avoir Elton John et le papa fraîchement divorcé à la conquête des petites jeunes, mais on s’en branle, quand la musique est bonne. Pretty Fly (For a White Guy), The Kids Aren’t Alright ou Self Esteem, pour ne citer que ces tubes. Le plus impressionnant est de se rendre compte qu’avec les années aucune parole n’a été oublié. Melting-pot de tubes punk en puissance, de riff énergiques, de cris en coeur dans le public. Une véritable jungle de toutes les générations, kids, vieux kids, tout le monde est réuni dans la plus fraternité pour célébrer leur héros du jour. Rock en Seine vit son deuxième grand moment après les FFS. Les tubes n’ont pas pris une ride. Les vétérans du punk-rock qui tache sont bien installé dans le hall of fame de la jeunesse éternelle.

Le seul patch que je pourrai mettre encore sur mon sac / © Photo de Olivier Hoffschir
Le seul patch que je pourrai mettre encore sur mon sac – © Photo de Olivier Hoffschir

Puissance inégalée Wand

Après cette folie Offspring, direction le gros rock qui fait du bien par où ça passe avec Wand. Découvert et bien apprécié sur la Route du Rock, difficile de ne pas jeter une nouvelle oreille et un nouvel oeil, histoire aussi de mettre le premier pied sur la scène Pression Live. Et comme pour la Route du Rock, les californiens impressionnent et ne déçoivent pas. Tout aussi fort, mais bien plus brutal que The Offspring, Wand avait comme quelque chose à prouver. Et ils l’ont fait vraiment comme de grands patrons. Puissant mais surtout avec justesse, jamais à côté. Du garage mêlant le psyché, le glam, voir le punk ou le hard. Un éventail de rock toujours avec la plus grande facilité. Pas pour rien que Wand sont les petits protégés du grand Ty Segall, pour les connaisseurs. A voir, à vivre le plus rapidement possible !

Au revoir Fauve, à la prochaine ?

Du côté de la Scène de la Cascade, c’est la fin de Fauve. Et il est important de saluer cette bande si spéciale pour la dernière de leur tournée. Une volonté de faire une pause bien méritée après deux ans de succès ininterrompu et de plus en plus intense. Dès l’origine, Fauve refusait qu’il soit fait référence à un « groupe » s’agissant de ce collectif composé de musiciens, de vidéastes, de graphistes, de sensibilités extrêmes regroupés sous un étendard floqué « Fauve Corp ». L’histoire leur a donné raison puisque c’est aujourd’hui du « phénomène Fauve » dont il est question, tant les Parisiens ont chamboulé les codes de tout ce qui consiste en une pièce musicale chantée en français. A la tête d’une œuvre bouleversante injectée par un air du temps maussade, entre folk urbain et chanson crépusculaire, Fauve a conquis toute une génération qui parle le même langage désabusé mais pas résigné. Ce sont désormais ces vieux frères qu’un public au rendez-vous de cette dernière est venu fiévreusement consulter pour s’entendre dire, rapper, chanter que ça va aller. Certains en rigoleront, d’autres comme moi resteront impressionné par la puissance rock de ce dernier concert. D’une maîtrise insolente, d’une beauté visuelle incroyable, ces derniers titres m’ont donné tord de n’avoir pas assisté à toute leur représentation. En espérant qu’il y en aura d’autre !

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Petit groupe deviendra grand – © Photo de Nicolas Joubard

Dans le grand et pur style anglo-saxon, les Messieurs Kasabian

Maintenant qu’Oasis est mort, Kasabian a ce boulevard pour régaler la foule avec leur rock bien à l’anglaise sur les plus grandes scènes des festivals. Tant mieux pour nous. Encore une fois Kasabian a fait le boulot, comme diraient certains footballeurs. Pas plus, pas moins, mais surtout avec du jeu et de l’audace. Tout ce qu’on demande à un grand groupe anglais venu de Leicester. Un Sergio Pizzorno dans ses habits squelettiques des grands soirs, un Tom Meighan passant son temps en backstage pour prendre ses petits remontants. Juste ce qu’il faut de spectacle à l’anglaise pour faire le show. Décontractés, à leur aise, sans excès, avec une grosse envie et de l’humour. Dès leur premier album Kasabian, leur rock fait mouche. Mixant électro et hip-hop, ce rock est taillé pour toutes les scènes du monde. Et ce soir là, la Grande Scène a failli ne pas être assez grande au final, tellement les Kasabian ont tout renversé à grands coups de tubes et sans fausse notes. Mention particulière à leur reprise de « People Are Strange », des Doors, qui calme le parc de Saint-Cloud d’un seul coup, avant qu’il ne reprenne en chœur le refrain. De l’amusement pur, à consommer encore et encore.

>> Le concert de Kasabian est à revoir à la fin de l’article grâce à CultureBox. <<

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Les Rois du Monde – © Photo de Olivier Hoffschir