Ce sont 25 années de Route du Rock soufflées comme il faut et contre vents et marées. Passage en revue de cette édition particulière entre malchances et coups de bol irréels, avec le bout de la boue, avec ses moments gênants et bons moments, voire très bons grâce à Savages, Fuzz, Timbre Timber, Ratatat, Viet Cong ou encore Flavien Berger. Rock fiévreux, post-punk incendiaire, folk flamboyante et électro dansante, il y en a eu pour toutes les oreilles et forcément pour toutes les jambes. Je vous raconte.

Moment des retrouvailles

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François Jean, futur maire de Saint-Malo / ©mathieu-foucher.com

La Route du Rock, enfin ! Quel plaisir de retourner à Saint-Malo revivre ces concerts, ces moments. Retrouver les copains, découvrir les artistes qui vont nous faire vibrer durant 4 jours de festival, boire et s’amuser, aussi bien à la Nouvelle Vague, que sur la plage de Saint-Malo, qu’au Fort Saint-Père. Parce que la Route du Rock, c’est bel et bien ça. Une grande bande de pote qu’on retrouve ou découvre chaque année. Des potes qu’on connait peu ou bien, finalement ça n’a pas grand importance. Le but est d’être présent et de partager ensemble tous ces moments. Ces concerts. Motivés par cette passion commune de l’indépendance. Parce qu’à la Route du Rock, on ne porte pas tous le même coupe-vent, mais on partage la même passion.

Moment bon mot

Débutons par le commencement. Histoire de mettre les points sur les i et de mettre un point final à cette histoire qui aurait pu beaucoup coûter à la Route du Rock. Quelques jours avant le début des festivités, Björk annule, sans grande raison, sans aucune pression et sans aucun respect. C’est finalement Mark Kozelek de Sun Kil Moon qui aura le premier mot et le bon mot sur cette mésaventure. On connait le talent de l’artiste, sa connerie en coulisse et son humour grinçant sur scène. « Désolé d’apprendre pour Björk. Mais au moins moi je suis là. » Parce qu’au final, Björk on s’en fiche, on en ressort gagnant. Gagnant parce que Foals la remplace et parce qu’au final, des autres artistes seront bel et bien là, eux, pour nous faire passer de grand moment. Pas de « conflit d’agenda » ou « d’album trop douloureux à jouer en live » à l’horizon. Tant pis pour elle.

Moment jambe de bois

Question bon mot Mark Kozelek sait y faire, et question musique il n’en finit pas d’impressionner. Figure essentielle de l’americana des années 80 à nos jours, lui et son nouveau groupe Sun Kil Moon régalent en ouverture de la Route du Rock. Une folk sombre et dépouillé aux ambiances crépusculaires. Des histoires faussement simples et honnêtes racontées avec une voix rugueuse et quelques arpèges de guitares. Un véritable délice jusqu’à la cerise sur le gâteau de cette fameuse jambe de bois qui restera dans les annales de la Route du Rock. Une dernière histoire pour un dernier morceau de plus d’un quart d’heure. Une histoire écrite la veille (apparemment) incroyablement drôle. Il était question d’un vol Belfast-Paris, d’une voisine de siège plutôt partante sur la chose, d’une caresse sur la jambe, d’une jambe de bois et de mouettes allumées. Ceci n’est pas un kamoulox, mais ceci est la meilleure histoire de Mark Kozelek en tournée.

Moment revival gênant

Un set épatant de Sun Kil Moon, une ambiance qui commence à chauffer considérablement à la Nouvelle Vague, une chaleur étouffante idéale pour se mettre dans l’ambiance des revenants The Notwist. Certains ont adoré, personnellement j’ai détesté. Entre electronica complexe, rock puissant et pop mélancolique, il faut choisir. The Notwist était invité à jouer l’intégralité de leur album culte Neon Golden. A l’écouter au chaud à la maison, il passe toujours aussi bien, mais 13 ans après sa parution il parait un peu fade et dépassé sur scène. Certainement un problème de setlist. Certainement l’envie de découvrir et non pas revivre un moment culte du passé. Ecoutons de nouveau Neon Golden quand même.

Moment qui mouille

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Il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouille / ©mathieu-foucher.com

Une Route du Rock sans pluie n’est clairement pas une Route du Rock. L’effort porté sur l’accessibilité du festival est à souligner. Le fameux drainage que le festivalier attendait comme l’arlésienne depuis des années a eu des effets impressionnants sur le site du Fort Saint-Père. Un site presque au sec durant 3 jours de festival, comme bon breton il y a toujours une petite parcelle qui fait de la résistance, mais n’empêche cette petite boue dans un coin le premier soir, vue les pluies qui sont tombés, fait sourire le festivalier érudit. De toute façon, selon une vieille légende malouine, il ne pleut que sur les cons à la Route du Rock, n’empêche on était une belle bande de con à se retrouver non pas à la plage mais à la Nouvelle Vague pour Forever Pavot.

Moment direction l’aventure

A cause de la pluie, la première journée de plage est annulée. Direction la Nouvelle Vague pour lancer une nouvelle aventure. Celle de Forever Pavot. Très sympa petit moment intimiste, dans son transat baigné par les sunlight des projecteurs. Loin d’être désagréable. En puisant dans le meilleur du passé et des années 60, Forever Pavot régale avec sa pop psychédélique irrésistible. Avec ses claviers analogiques, ses basses rebondies bien en avant, les arrangements soignés, chaque chanson pourrait être tirée d’une bande originale de film signée Jean-Claude Vannier ou Alain Goraguer. L’aventure au bout des doigts. Pas un hasard si le groupe reprend le générique de Tintin.

Moment où le joyeux bordel commence

Le Fort Saint-Père enfin ! Retour au bercail et au gros rock pour débuter ses nouvelles aventures comme il se doit. Après un premier disque plutôt psychédélique Ganglion Reef, les quatres américains de Wand ont sorti cette année Golem. Plus sonique, plus rock, on y retrouve tout ce qui fait le charme du rock garage : des riffs de guitares lourds et saturés, la pédale de fuzz poussée au maximum, un chant sauvage et urgent et des rythmiques pied au plancher. Un véritable rouleau compresseur venu pour tout casser. Premier concert en Europe et en à peine 3 morceaux ils pètent leur caisse claire avec leur « baguette magique ». Pas étonnant qu’ils soient les petits protégés de Ty Segall. En tout cas, les chèvres du Fort ont adoré.

Une photo publiée par Bastien (@jeanpaultarte) le

Moment où la lumière Fuzz

Parlons de Ty Segall et de Fuzz justement. Véritable génie qui a illuminé la première journée au Fort Saint-Père. On aurait du avoir Thurston Moore juste avant pour faire parler la classe, mais c’est Ty Segall qui m’a laissé la plus belle des impressions. De tous ses projets, Fuzz est sûrement le plus sauvage et le plus bruitiste. Mon préféré pour la fête en somme. Exceptionnellement, le Californien quitte ici la guitare pour s’installer derrière la batterie laissant ses acolytes Charlie Moothart à la guitare et Chad Ubovich à la basse. Un trio gagnant qui a martelé leur rock lourd et fiévreux pendant une bonne petite heure. Sans une seconde d’ennui. 28 ans à peine et Ty Segall est bel et bien le petit prince du garage américain et le Roi de cette Route du Rock. Un talent sauvage et animal que même ses longs cheveux n’ont réussi à cacher. Fuzz a livré le show le plus saturé et sauvage que le Fort est connu. C’est John Dwyer qui a du avoir des acouphènes. Un Fuzz à vivre à la suite et à écouter en boucle dans les oreilles.

Moment détente

Après la folie Fuzz, c’est au tour de Algiers de s’emparer de la scène. Difficile exercice pour eux. Alors, ils donnent tout dès la première mesure. Trop, beaucoup trop. La petite foule devient compacte mais les gesticulations bizarres du chanteur font mouche. Tout le monde se regarde en regarder en chien de faïence et se défie de comprendre ce qu’il se passe sur scène. J’abandonne et je vais me détendre à droite à gauche. Profiter des premiers burgers.

Moment d’un rêve éveillé

Après le passage à plat Algiers, c’est à Timber Timbre de montrer leur talent. Il est 23h et les « rêves chauds » peuvent commencer. Une lumière rouge enveloppe la scène, une brume épaisse s’envole des arrières, les ombres de Taylor Kirk, Simon Trottier et Mika Posen investissent tranquillement nos oreilles. Timber Timbre jouent la musique d’un formidable rêve éveillé. Les morceaux sont parfois sombres et dépouillées, parfois luxuriant et lumineux, toujours juste et chaleureux. La tension dramatique est à son comble pour l’un des autres très grands moments de cette Route du Rock. Un moment de rêve où la réalité n’a jamais été aussi douce. Je ne peux que vous inviter à écouter le formidable Hot Dreams de Timbre Timber sorti l’année dernière.

Moment pas très féminin

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Voilà ce qu’il se passe quand on a très envie de faire pipi / ©mathieu-foucher.com

« Pas vraiment un groupe de filles » titrait à juste titre un journal de Dublin. Effectivement, Girl Band, c’est quatre jeunes garçons énervés qui ne font pas dans la dentelle. Avec seulement une poignée de morceaux parus sur le label Rough Trade, les Irlandais apparaissent un peu comme le chaînon manquant entre The Fall et les Liars. Avec ses guitares passées au papier de verre, le chant scandé, les rythmiques percussives, le post-punk bruyant des Dublinois s’avère furieusement redoutable. Nouveau gros moment furieux, le rouleau compresseur Girl Band régale et fracasse tout sur son passage. Ils ont l’air aussi sages que leur musique est chaotique tant elle flirte avec du noise rock aussi jubilatoire que libératoire. Un free rock dévastateur qui s’apprécie dans la boue pour les puristes les plus punk d’ailleurs. Un concert pas loin du top de cette édition.

Moment magnifique

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Tout le contraire du Comic Sans MS / ©mathieu-foucher.com

Le jeu de mot est facile, de toute façon il n’y a pas d’autre mot pour décrire Ratatat en ce moment. Avec leur dernier album Magnifique, Ratatat ne se fait pas au court-bouillon. Tête d’affiche ultra-attendu de cette première soirée au Fort Saint-Père, Ratatat a régalé. Le duo new yorkais a joué de son Guitar Hero et de ses samples électro pour faire danser la foule. Une pop électronique rétrofuturiste entièrement instrumentale où les riffs de guitares tranchants de Mike Stroud se mélangent aux claviers euphoriques d’Evan Mast sur fond de boîtes à rythmes percutantes. Moment épique et grandiose avec en tête les nouveaux morceaux Abrasive, Cream On Chrome ou encore Nightclub Amnesia, mais aussi les anciens Lex, Wildcats ou encore Loud Pipes bien sûr. Magnifique je vous dis.

Une première journée qui se termine sur les chapeaux de roues avec Rone. Tout aussi puissant avec sa techno qui a réveillé des créatures aussi bien sur scène que dans la fosse hypnotisée. De nouveau un rêve éveillé à l’univers poétique et singulier : un mélange de sons organiques et synthétiques, composé de nappes en apesanteur et de rythmiques ondoyantes. Le public a continué à danser jusqu’à la fermeture.

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Attention Rone, derrière toi !! / ©mathieu-foucher.com

Moment rayonnant d’un bel illuminé

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Pas du tout seul sur le sable, les yeux dans l’eau / ©mathieu-foucher.com

Première véritable journée sur les plages de Saint-Malo. Le soleil est enfin au rendez-vous de La Route du Rock. Un soleil d’un blanc étincelant pour une plage Bon-Secours noire de monde. Normal pour un 15 août. Flavien Berger aura-t-il la pression ? Lui certainement pas, moi quelques unes dans le bidon pour célébrer comme il se doit le premier héros de ma journée. Flavien Berger c’est le nouveau dada de l’indie français, comme son label Pan European sait en dégoter. Avec son premier album Léviathan, Flavien Berger secoue les codes de la pop française et nous invite dans ses montagnes russes électrisantes chevauchées par des monstres aquatiques mystérieux. Léviathan, à écouter d’urgence. Seul entre ses machines, au milieu d’une foule bien compacte, Flavien Berger oscille entre moment poétique et moment électrisant. Les rayons de soleil adéquats d’un bel illuminé. La force tranquille d’un futur grand de la pop française (je l’espère) qui a charmé, hypnotisé, emballé et pesé son public. Presque tout Léviathan y est passé. Plus n’aurait pas été excessif mais il faut bien retourner au fort. Restons sur ces quelques paroles de Flavien Berger, résumant bien le moment : « Monte la mer et on descend. Il y a des rails sous l’océan. Un labyrinthe, un tourbillon. Et dans l’écume sont les visions. Des anémones alentours. » Un bel illuminé, je vous dis. Et une plage comme on aime !

Moment chill

Après quelques embouteillages, c’est assez tardivement qu’on arrive devant Only Real. Quel dommage de ne pas avoir assisté à l’ensemble de ce bon moment bien chill. Niall Galvin, avec son sourire en coin et son tshirt Budweiser, donne le ton à cette deuxième journée tout en malice et en bière, encore. Sous ses airs de morceaux un peu faciles, voir niais parfois, OnlyReal joue cette musique super efficace pour l’apéro. Sans prise de tête, dansante, joueuse, la surfpop d’OnlyReal fleurit comme jamais dans un Fort ensoleillé. A vivre à la suite.

Moment de lévitation

Bizarre de programmer un duo électro comme Kiasmos en début de journée. Pourtant, c’était parfait pour prolonger l’apéro et monter encore plus haut et tout doucement. Encore une belle programmation des patrons François et Alban. Après la surf pop chaleureuse d’OnlyReal, direction l’électro sensorielle de Kiasmos, de l’ambient finaude, élémentaire, au sens premier du terme. Comme sur un petit nuage survolant la beauté des terres islandaises. À la fois planante et dansante, mixant le chaud et le froid, jamais l’Intelligent Dance Music n’aura aussi bien porté son nom. Kiasmos est un excellent moment de cette Route du Rock.

Moment ASOS

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hey i just met you and this is crazy but here’s my number so call me maybe / ©mathieu-foucher.com

Pardon, mais voilà un moment assez gênant dont il faudrait parler un peu. Un concert venu tout droit du catalogue ASOS sans passer par la case répet’. Quatre jolies jeunes filles, deux guitares, une basse, une batterie. Ajoutez à cela une énergie (bien trop) juvénile et vous obtiendrez Hinds, nouvelle sensation lofi espagnole. Avec seulement quelques demos et une cassette sortie sur le cultissime label Burger Records, les Madrilènes ont réussi à conquérir l’Europe et les USA en quelques mois. Il faut croire que le marketing et la musique font bien la paire. A les écouter sur Bandcamp, on aime bien, à les voir sur scène, on préfère retourner au bar, par peur de se sentir mal à l’aise. Mignonnes c’est certain, pas mécontent d’enfin voir des filles sur scène (notons quand même la bassiste de Thurston Moore), mais il ne se passe strictement rien sur scène. On s’ennuie ferme. On ne compte plus les problèmes d’accord, de mélodie, de rythme… Dommage.

Moment historique

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C’est qui le patron ? / ©mathieu-foucher.com

Après un Soft Moon et Spectres bien trop violent, la fatigue commençant à se faire sentir certainement, au tour de Foals de monter sur scène et de régaler la foule. Mais au lieu de voir le groupe d’Oxford, c’est Alban, un des programmateurs, qui s’empare du micro. Et c’est jamais bon signe quand un officiel vient donner un message avant un concert… Le stress est palpable. Après l’annulation Björk, l’annulation Foals ? Un putain de sortilège prendrait un malin plaisir à pourrir la Route du Rock ? Alban explique que le batteur de Foals est tombé malade cet aprem (hôpital & co.) mais que le concert aura bien lieu. Leur backliner jouant de la basse dans un autre groupe fera un remplacement à la volée. Encore un coup dur, mais un putain de coup de chance et une autre jolie histoire pour la Route du Rock. La foule bien heureuse de les voir eux, que de voir l’autre, accueillera comme il se doit les grands héros du soir. Malin, Yannis Philippakis évoquera cette Voldemort en premier mot et la foule déjà acquise à leur cause la sifflera assez fortement. Forcément. Place au spectacle maintenant. Foals démarre direct avec le nouveau morceau Snake Oils. La voix de Yannis éclate dans la grande nuit malouine. Les écrans ne fonctionnent pas, encore un coup de malchance, mais bordel on s’en branle complètement. Le kiff est immense de voir Foals pour le début de leur nouvelle tournée. Fidèle du festival, ayant déjà livré des concerts mémorables en 2008 et 2010 à La Route du Rock, Foals est venu à la rescousse présenter son quatrième album What Went Down. Enchaînement avec les indémodables Ballons et Numbers repris en choeur par la foule, histoire de mieux mettre tout le monde d’accord sur un Mountain At My Gates d’anthologie. Un rock toujours aussi fiévreux et rageur, explosif et intense, les Foals n’ont rien perdu de leur talent pour écrire des morceaux à la fois instinctifs et parfaitement maîtrisés. Notons un Spanish Sahara capable de faire tirer quelques larmes. Sans oublier le final avec un furieux What Went Down et un toujours aussi impeccable Two Steps, Twice. La musique de Foals est unique, passionnante. Ce concert à la Route du Rock est une nouvelle fois historique pour toutes ces mésaventures, mais surtout pour cette grande prestation à la volée.

Une photo publiée par Bastien (@jeanpaultarte) le

Moment gros beat

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Toujours un au fond pour faire l’intéressant… / ©mathieu-foucher.com

Puisque la Route du Rock a de l’humour à revendre, on s’amuse à danser sur un remix de Björk, juste avant de lancer une nouvelle chenille gigantesque, devenue nouveau grand moment du festival. Le temps de la fête sauvage et débile peut démarrer. Daniel Avery pour lancer les festivités. Direction à la Fabric, où l’anglais a tenu une résidence pendant des années. La techno anglaise fait les belles heures de la soirée. Rock, violente, la fête bat son plein les bras en l’air. Impeccable comme échauffement pour la disco de Lindstrøm qui suivra. Figure emblématique de cet électro flamboyante et dansante à souhait. Après son compatriote et ami Todd Terje l’été dernier, c’est donc au tour de Lindstrøm de faire danser le public et de clôturer cette belle soirée comme il se doit.

Moment où la jeunesse prend la relève

Bien trop fatigué pour une plage à l’heure du goûter, impasse sur l’ovni Jimmy Whispers. De toute façon, il fallait arriver tôt pour The Districts. Pour rien au monde, je ne voulais rater mes chouchous. Que ceux qui se désespèrent de la séparation de The Walkmen se rassurent : la relève est bien assurée avec les garnements de The Districts. Originaire de Philadelphie, le jeune quatuor reprend ainsi le flambeau d’un rock classieux, racé et flamboyant. La voix éclatante de Rob Grote y est pour beaucoup. La foule n’est pas au rendez-vous, bien dommage pour ceux qui n’ont pas réussi à arriver aux aurores de cette dernière journée. Ils n’ont pas pu profiter des belles balades pop exaltées et des brûlots blues-rocks fougueux. La preuve en image.

Moment sans gêne

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Parce qu’il le vaut bien / ©mathieu-foucher.com

Du rock classieux de The Districts, on passe directement à l’insupportable Father John Misty. Difficile retournement de situation tellement l’ancien des Fleet Foxes exalte de toute part jusqu’au délire le plus gênant. Jugez par vous-même sur la vidéo. Un concert à genoux, les mains implorant le ciel, les imitations de Mike Jagger, j’en passe et des meilleurs. Notons juste le jeté de guitare acoustique au backliner du milieu de scène qui, je confesse, en jette un peu, beaucoup. C’est quand même bien dommage que le monsieur en fasse autant sur scène parce que sa folk et son dernier album I Love You, Honeybear sont quand même merveilleux.

Moment tout feu, tout flamme

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Certainement pas le mec de Mimie Mathy / ©mathieu-foucher.com

Attention le départ, accrochez vos ceintures. Les deux prochains concerts ont été complètement incendiaires. Un grand moment de post-punk. Viet Cong en apéritif bien pimenté et bien alcoolisé. Une voix ciselée au couteau, toute en retenue, posée sur une batterie marteau-piqueur, tout en puissance. Les deux anciens de Women savent toujours y faire dans le show. Avec deux nouveaux guitaires, le quatuor avait déjà fait ses preuves avec un premier album éponyme aussi puissant qu’insaisissable. Des morceaux violents et bruitiste à souhait qui doivent autant au post punk anglais qu’à la no wave new-yorkaise, au large 60’s qu’au krautrock allemand. Après Suuns, Metz ou Ought, le quatuor originaire de Calgary est sûrement l’une des plus belles révélations du rock canadien actuel. Sur scène, toutes ces chansons jouissent d’une formidable liberté. L’ensemble est d’une classe hors norme. La preuve avec ce Death final, formidable déjà sur disque, il en devient un moment unique du festival. Un immense bonheur de musique follement dissonante.

Meilleur moment, moment grosse claque

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Olé? / ©mathieu-foucher.com

Viet Cong avait déjà régalé question soft punk, c’était sans se douter que Savages comptaient mettre la barre plus haute encore. Les quatre londoniennes démarrent pied au plancher, basses puissantes et guitares acérées en avant. Aucune demi-teinte. Du noir et du blanc. Frontal. Shut Up. Les filles prennent enfin la parole sur les scènes du Fort. Du post-punk rageur sans fioritures qui vise l’essentiel sans s’embarrasser du superflu. J’espère que les filles de Hinds étaient dans le public. Un très grand moment de cette édition de la Route du Rock. Certainement le plus grand. Le show est incendiaire. La batterie réveillant les morts, la basse obsède, la guitare surfe le long de ses frettes, les yeux noires de Jehnny Beth captive et envoute la foule compacte et massive, en transe. Une musique gonflée aux amphétamines pour la plus grosse claque qu’on aime prendre en pleine figure. Les Reines de cette Route du Rock !

Moment des remerciements

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Flûte, Max part / ©mathieu-foucher.com

Savages bourdonnant encore dans les oreilles. Il n’y a plus rien à voir. Il est venu le temps de dire merci. Merci à Max d’abord. Une figure du festival qui s’en va vers de nouveaux horizons. Merci à lui pour m’avoir convié à ce festival et m’aidé à le vivre de l’intérieur. Et merci à lui encore pour m’avoir fait vivre quelques morceaux de Ride dans la régie. Un mec simple qui sait faire plaisir comme il faut. Merci aussi à François et Alban qui se battent aux côtés des passionnés depuis tant d’années dans un engagement désintéressé. Au crépuscule de cette 25e édition de la Route du Rock, je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie.

Moment final

Apothéose Dan Deacon. Après s’être échauffé avec le groupe, je prends place dans la fosse pour démarrer le grand final. Réputé pour ses prestations scéniques aussi foutraques qu’hystériques qui laissent le public épuisé mais le sourire aux lèvres, j’attends Dan Deacon de pied ferme. Entre  l’apprenti sorcier et le geek facétieux adepte du DIY, le musicien de Baltimore n’hésite pas à mélanger les éléments les plus divers dans ses compositions explosives : rythmes trépidants et frénétiques, samples bizarres, mélodies vrillées et euphoriques. Avec ses claviers bricolés et ses pédales d’effets remontées à l’envers, Dan Deacon ne fait jamais rien comme tout le monde et c’est tant mieux. La fête est totale. La cerise acidulée sur les gâteaux des 25 ans.

Moment festivalier

Toutes les photos sont de Mathieu Foucher, n’hésitez pas à découvrir son portfolio : www.mathieu-foucher.com



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