eurockéennes 2015

C’est entre canicule et pluie de records. Pour sa 27ème édition, les Eurockéennes de Belfort ont connu autant de record que de grands moments. Je vous raconte tout ça en 3 belles journées. Histoire d’avoir une idée sur quoi vivre en concert ces prochains mois. Et surtout, histoire d’avoir envie de vivre les Eurockéennes l’année prochaine.

Chaque année lors du premier week-end de juillet, les Eurockéennes de Belfort investissent la presqu’île de Malsaucy. Ce festival aux belles valeurs citoyennes propose artistes en vue et en devenir au sein d’une programmation riche et éclectique. Musique populaire et indépendante, rock, pop, électro, reggae, chanson ou encore world music, tous les styles résonnent à Belfort chaque premier week-end de juillet. Avec 102 000 spectateurs payants, une température caniculaire qui a fait monter la consommation de bière (et d’eau) et une programmation honnête où l’on retrouvait en tête d’affiche The Chemical Brothers, Sting, Christine & The Queens, Ben Harper, Major Lazer ou Alabama Shakes, le bilan de ces 27ème Eurockéennes est plutôt positif. Faisons le tri entre réussite et échec avec un bilan résumé des concerts et avec quelques chiffres :

  • Concerts > folie Todd Terje & The Olsens, Chemical Brothers et Eagles of Death Metal, grande classe Alabama Shakes et Ben Harper, révélation Jeanne Added et Jack Garratt, consécration Christine and The Queens et Fakear, furieux Parkway Drive, découverte The Bawdies, mention spéciale The Shoes, arnaque Major Lazer, et ennui James Blake
  • Chiffres > 48l de sueur, 23l de bières, 174km de marche, 46kg de poussières, 16 frites, 7 coups de soleil et 1 pastèque

Et maintenant, je vous propose une lecture des moments forts et de ce que je retiens de mes Eurockéennes 2015. 7 minutes à peine. Ca porte bonheur. 

Une entrée incandescente avec St. Paul & The Broken Bones

Au fur et à mesure de leur prestations magnétiques, St. Paul & The Broken Bones est devenu une évidence et une référence à tout bon festival qui se respecte. Un indispensable qui a su allumer la mèche des festivités comme il faut pour ce premier jour des Eurockéennes. Chanteur à la voix d’or, l’emblématique Paul Janeway et sa troupe formidable offrent une soul élégante et puissante qui fait honneur à son Alabama natal. Tout ici respire l’héritage rhythm ‘n’ blues sudiste d’Aretha Franklin, d’Otis Redding et des studios Muscle Shoals. Irresistible sur Call Me – morceau délirant sur lequel danser est un devoir -, grandiose sur Don’t Mean A Thing – titre taillé pour déclarer sa flamme – ou carrément prenant sur Let Me Roll It, ce groupe donne le sourire. Bref, St. Paul & The Broken Bones à voir et à revoir absolument. Une entrée en matière incandescente prémisse des fortes chaleurs qui viendront sur Malsaucy. A revoir en vidéo grâce à Arte.tv :

La chute Royal Blood et la lumière Jack Garratt

Remis de la bombe St. Paul & The Broken Bones, direction la visite du site. La presqu’île de Malsaucy est toujours aussi grande, aussi belle avec son lac. Les différentes scènes sont presque à l’identique à l’exception du Club Loggia devenu bien plus grande, voir même imposante. Comme un retour à la maison fort agréable, après avoir vécu les Eurockéennes en 2013. Quelques stands de marque, le temps de, et la palme du ridicule revient à Ray-Ban avec sa terrasse privé (accessible en gagnant à une sorte de grande roue) où il est possible de regarder sur écran et casque personnel le concert de la scène Greenroom visible juste derrière l’écran, non de non… Le temps de se remettre sur pied suite à une telle incompréhension, le temps de jeter une oreille au rap fringant de Set & Match, à ne pas louper la prochaine fois, direction la Grande Scène pour Royal Blood.

Pour avoir vécu la folie Royal Blood aux inRocks Philips 2014, comme une envie de se reprendre une énorme claque. Aïe, la Grande Scène des Eurockéennes semble bien trop grande pour le duo de Brighton… La basse toujours aussi sauvage, la batterie toujours aussi fracassante, mais le rock dans l’ensemble semble se perdre passé la première rangée de fan. La sensation semble avoir déjà fait son temps. La simplicité du triptyque basse-batterie-voix semble devenir un véritable handicap une fois qu’elle se retrouve sur les grandes scènes. Un flop bizarre, une étincelle qu’on pourrait facilement éteindre avec deux doigts. Mike Kerr et Ben Thatcher se cherchent du regard tout le long du set. De la peine à voir. Je fais l’effort de rester jusqu’au bout par principe, mais l’ennui est profond… Première grande déception pour Royal Blood.

Il suffit de se retourner pour se rendre sur le Club Loggia et d’entendre les premières notes de Jack Garratt. Toujours aussi à l’aise sur scène, le charisme de l’Anglais répond présent contrairement à ces deux compatriotes précédents. Avec sa grande barbe, ses yeux plein d’espoir, Jack Garratt pourrait se prendre pour Jésus. Ses fidèles, plutôt nombreux, en ont déjà fait leur guide spirituel. Ses évangiles construites avec clap, loop, beat ou autre galette apportent tellement d’amour. Découvert avec son premier EP Remnants où il marchait déjà sur l’eau, c’est surtout son titre The Love You’re Given et son deuxième EP Synesthesiac qui lui ont permis de voir la lumière. Son électro minimaliste réveille les sens. Transporte dans une soul moderne, flottant entre l’esprit des machines et celui de sa voix messianique. Un indispensable !

Le retour en adolescence Ben Harper & The Innocent Criminals

A peine 21h passée et la journée ne fait que commencer et voilà l’heure des premiers choix. Celui de Ben Harper & The Innocent Criminals, la première grande tête d’affiche du festival, et du coup j’ai du loupé Soft Moon. Il y a des groupes et des artistes difficiles à oublier, à ne pas louper quand on a la chance de pouvoir les voir. Ben Harper fait parti de ceux là. Le genre de mec qui a tant bercé mon adolescence. Tryo et Manau mis complètement de côté, Ben Harper à jamais dans le coeur. Plus encore après avoir assisté à son concert aux Eurockéennes. En pleine tournée estivale, Ben Harper et ses Innocent Criminals réveillent la jeunesse qui sommeille encore en nous. Surtout avec ses tubes Steal My Kisses, With My Own Two Hands, Diamonds On The InsideBurn One Down ou encore Amen Omen. De toute façon, tous les titres joués ce soir là sont des tubes et sont connus pas coeur par la grande foule présente. Après avoir été découvert, il y a une bonne vingtaine d’année aux Eurockéennes, il était normal que Ben Harper refasse un saut à Malsaucy avec ses guitares. Le joueur de blues au grand cœur régale ! L’immense Ben Harper et sa formation légendaire mélange blues, funk, rock, reggae, folk, avec une facilité déconcertante sur scène. Une Grande Scène presque trop petite pour lui du coup. Un moment de grâce à chanter en choeur. Inoubliable.

Ah que coucou ! - ©L.Ginet
Comment ça va Pointe-à-Pitre ?!! – ©L.Ginet

Consécration Fakear et grande fête Todd Terje & The Olsens

Fakear est la grande révélation électro de 2015. Programmé dans tous les plus grands festivals, le petit prince écume les scènes cet été. Et à raison ! Théo n’a que 23 ans et déjà un talent fou ! Comptant une poignée d’EPs au compteur et de nombreux hits, Fakear prend un malin plaisir à composer une électro élégante, tranquille et sauvage. Subtil et exotique, son live est un bonbon sucré dans lequel il s’entoure de musiciens pour nous envoyer tout là-bas, au bout de son monde. Une claque en pleine poire. Frissons garantis. Ses nombreux fidèles présents devant la scène de la Greenroom s’en souviendront longtemps de ce doux moment. A revoir sur Arte.tv :

Et tout au bout du monde la lumière - ©L'Épiphanographe
Et tout au bout du monde la lumière – ©L’Épiphanographe

Mettons de côté Skip The Use svp, l’autre grande tête d’affiche de cette première journée. Bien que le spectacle soit une spéciale pour les Eurockéennes et promet de beaux moments avec leur amis sur scène, voilà bien longtemps que les Skip The Use ont usé tous les stratagèmes pour nous faire croire qu’ils sont encore punk, voir rock. Ca ne marche pas avec moi. Direction la plage et Todd Terje & The Olsens donc.

Enfin la grosse fête ! Todd Terje, c’est le David Douillet de l’électro. Il a l’air sympa comme ça à première vue, mais quand il vous choppe, il vous lâche plus ! Une valeur sûre, mon Yoshi à Mario Kart. Todd Terje s’accompagne des Olsens sur la scène de la plage pour cette nuit endiablée, des copains musiciens incroyables, rajoutant encore plus de volume et de beat à son électro, une richesse mélodique magnifique. It’s Album Time, son premier jet studio, est une pépite. Cette soirée le fut encore plus. Mon meilleur du festival !

La confirmation The Dø

Des étoiles plein la tête, sonné par la fête comme jamais avec Todd Terje & The Olsens, direction la Greenroom pour prolonger encore cette douce soirée avec The Dø. Il faut dire que le duo formé par Olivia Merilahti et Dan Levy savent faire question fête aussi. Quand la voix douce, éraillée et subtile d’Olivia se conjugue aux compositions racées de Dan, c’est vraiment jouissif ! Aussi bien sur album qu’en live, les deux ont toujours privilégié la prise de risque au confort et au compromis. Et ça se ressent dès les premières notes. Une setlist différente avec leur gros tube On My Shoulders en ouverture. Leur univers atypique et protéiforme fait mouche. Avec cette musique toujours aussi pop mais porté désormais par une électronique syncopée, The Dø réveille les sens eux aussi. Invite à la danse jusqu’au bout de la nuit. Leur nouvel album Shake Shook Shaken est une mine d’or de tubes sur scène. A vivre encore et toujours.

Pris dans les mailles du filet - ©C.Ballard
Pris dans les mailles du filet – ©C.Ballard
The Do Eurockéennes 2015 ©Jérémy Cardot Pic Ink
Whitouwhitouwhitt, hiphop hiphop, DJ Olivia – ©Jérémy Cardot

La nuit continue jusqu’aux beats de Boris Brejcha. N’ayant plus trop d’énergie pour l’électro de l’homme au masque vénitien, direction le lit et la clim, enfin. Demain sera une grosse journée avec Jeanne Added, Major Lazer, The Shoes et Chemical Brothers bien sûr.