La philosophie de We Love Green a toujours été la même : vivre la musique c’est bien, le faire en respectant la Planète c’est mieux. Depuis 7 éditions, l’événement rassemble ainsi les amoureux de musique éclectique, pop et pointue qui souhaite aussi réveiller leur curiosité sur l’environnement. Et à ma grande surprise, cette année fut assurément une des plus belles pour le festival. Je vous raconte.

À première vue, les paillettes ont remplacé les couronnes à fleurs sur le site de We Love Green. De bon augure, car au final, je dois avouer que cette édition 2018 a été étincelante à plusieurs niveaux. Aussi bien collées sur les joues ou partout sur le corps, c’est dans les yeux et en plein coeur qu’on a pu prendre une bonne dose d’étoiles. Aussi bien des découvertes que des très attendus artistes ont réveillé en moi un sentiment certain d’optimisme pour We Love Green ; ce qui n’était pas forcément le cas les années précédentes. Certainement parce qu’au delà de cette programmation toujours aussi folle, l’organisation a particulièrement bien réussi son coup cette année. Fini les interminables queues aux bars ou aux toilettes par exemple. 7 éditions et We Love Green semble enfin passer à l’âge de raison.

Depuis 2011, les équipes de We Love Art, le label de musique Because et le tourneur Corida organisent conjointement leur festival respectueux de l’environnement. Certes il reste encore des choses à améliorer dans l’ensemble – comme le bizarre manque d’option vegan en restauration ou les tarifs des consommations -, mais il semble que We Love Green ait enfin trouvé sa route de croisière, que le festival soit parti pour laisser lui aussi son empreinte ; s’installer confortablement dans l’écosystème des grands festivals français. Voir même prendre de l’avance sur sa concurrence francilienne direct. Merci forcément la programmation ! We Love Green a marqué un grand coup cette année en récupérant la femme-fleur Björk, les superstars Migos, le trublion Tyler, The Creator ou encore le légendaire Beck. Éclectique et pointue. Réconfortante surtout. Au moment où Rock en Seine peine a se renouveler, s’éloignant de plus en plus de ses fondamentaux et faisant malheureusement dans l’insipide. Heureux de se balader dans ce Bois de Vincennnes à la découverte de ces nouvelles sonorités inattendues, et forcément curieuse.

Bien sûr, il était difficile de tout voir sur ces deux jours de festival, et du coup il a fallu faire des choix, en fonction des moments et des envies. Et je remercie en passant l’équipe de Tabasco qui m’a permis d’assister à cette première journée plus que complète, à la dernière minute. On annonce d’ailleurs 74 000 personnes durant ce We Love Green, un record certainement, et pourtant aucun problème de flux de personne. Il semblerait que We Love Green devienne le rendez-vous immanquable pour un très grand nombre qui souhaite s’amuser juste avant l’été.

Du positif, il y en a eu beaucoup durant ces deux jours. J’en fait d’ailleurs l’apologie à la suite. Avant cela, je tiens à noter quelques petits points noirs. En espérant des améliorations rapides futures. Tout d’abord, ces scènes toujours trop rapprochées et qui malheureusement résonnent les unes sur les autres : cf. Prairie et La La Land. Surtout cette programmation Think Tank toujours autant difficile à vivre. Le Think Tank est pourtant le grand intérêt de ce We Love Green. Un « laboratoire d’idées » érigé au cœur du festival, pour promouvoir les échanges d’idées, les innovations environnementales ainsi que la sensibilisation du plus grand nombre aux enjeux écologiques afin de mieux comprendre ce monde en pleine mutation. Pour cela, la parole est donnée aussi bien aux “change makers” d’aujourd’hui, penseurs iconoclastes, scientifiques, militants, artistes ou sociologues et autres personnalités engagées lors de tables rondes et conférences. Amuser le festivalier par la programmation musicale et l’éduquer par ce Think Tank ne semble toujours pas pouvoir aller de pair. Difficile réellement de s’intéresser à la Planète lorsque des jeux se passent derrière et que la chaleur invite à boire de la bière. Je suis si faible malheureusement…

Canibale, la belle découverte rock

Méconnus sur la carte du rock héxagonal, les Français de Cannibale sont venus à We Love Green avec un certain appétit. Cette « sorte de garage exotique » m’a pas mal fait transpirer à l’ouverture de mon festival. Là où le soleil tapait bien fort sur le crâne, c’est surtout la moiteur tropicale de leur groove qui m’a tapé au coeur. Ce psyché de cambrousse pourrait être une anomalie pour certain, notamment dans l’écurie Born Bad Records, il réveille pourtant une curiosité parfaitement saine aux oreilles des festivaliers de We Love Green, plus habitués aux sonorités électro-pop-rap. Difficile de miser sur une bande de quarantenaires aussi blancs dans leurs origines qu’ils sont noirs à l’intérieur, pourtant j’espère que leur premier album No Mercy For Love saura vous ravir au point qu’il m’a conquis sur le chemin du retour.

Angèle, à se brûler les ailes

Au croisement de Rihanna, de Lily Allen et de la Schtroumpfette, Angèle trouve une place de choix dans la hype musicale du moment. Sa voix de velours, son style désinvolte, ses textes sans langue de bois font d’elle la nouvelle élue que tout le monde veut voir sans trop savoir pourquoi ; à l’instar d’un Eddy de Pretto. Deux singles seulement et déjà un Trianon ! Angèle c’est surtout un humour et une autodérision qui vous chatouillent à la tête comme comme une canette de Fanta bien secouée. Tout un package qui réinvente le concept de la chanteuse pop : celle-ci ne craint ni le ridicule, ni le malaise, et, tout en assumant ses références populaires, propose un univers singulier, urbain et résolument décomplexé. Malheureusement pour Angèle, à vivre trop vite le succès grandissant, elle semble finir par se cramer les ailes. Difficile de lui en vouloir, quelle idée de la mettre sur la grande scène de la Prairie… Malgré les efforts, Angèle ne semblait pas à son aise, sans être non plus dans le malaise. Il faut dire que la petite a quand même plus d’un tour dans son sac, n’hésitant pas à nous chanter une nouvelle chanson écrite 2 semaines plus tôt, narrant cette mésaventure de it-girl qui commence – on dirait – à la gonfler. Espérons qu’Angèle n’explose pas en plein vol justement, car il y a quelque chose chez elle qu’on aimerait voir les prochaines années. Contrairement à Eddy de Pretto en passant.

Vendredi Sur Mer, la danse jusqu’au petit matin

De l’autre côté du site, Vendredi Sur Mer jouait l’autre facette d’une pop au succès de plus en plus prometteuse. Entre nostalgie des mots et poésie des images, Charline de son prénom transcrit un univers au paysage glaciale et lunaire ; tout le contraire d’Angèle justement. Son premier EP Marée Basse raconte des histoires plus ou moins malheureuses et surtout amoureuses, des histoires à minuit passé où l’électro se veut mélodique et chaleureuse. Assurément la fille à suivre jusqu’au bout de la nuit, avec qui on pourrait danser jusqu’au petit matin. Rien de plus normal alors de retrouver sur scène un couple de danseur contemporain capable aussi bien de jouer au théâtre que de se trémousser sur des chorégraphies façon boys band de la belle époque. Quand on a un spectacle si bien ficelé, rien de plus étonnant que le public soit au rendez-vous et danse avec vous. Angèle aurait peut-être du nous rejoindre sur le moment.

Juliette Armanet, l’amour durera longtemps

Certainement le plus beau moment du festival, pas loin d’être la plus belle également. Rayonnante sous sa boule disco et dans son costume de lumière. Bien que Juliette Armanet ait convaincu beaucoup de monde depuis la sortie de son premier album Petite Amie en avril de l’année dernière – moi le premier – , je n’avais jamais eu l’occasion de la découvrir sur scène dans ses nouveaux apparats de lumière. Elle, son groupe, le public, tout le monde était aux anges, pas loin d’un soleil à son image, de plus en plus étincelant. Donnant l’envie folle de chanter des chansons d’amour en plein après-midi. Les mots se pèsent, les mélodies s’envolent et les cœurs fondent. Juliette Armanet pourrait bien être celle, simple, rare, qui s’imposerait comme la Petite Amie la plus aimée de la chanson française. Toujours accompagnée de sa « bête noire », son piano, éternel partenaire de crime et de danse, la délicate confie depuis près de deux ans déjà ses douces folies sentimentales. Et aucune lassitude, bien au contraire. Entre nostalgie et humour, Juliette Armanet a su créer, autour de ses mélodies charnelles et sensibles une aura originale, entre le rose et le noir. Et le public, forcément, l’aime à la folie. Et à raison.

Beck, la légende sans plus

Beck, l’une des figures les plus inventives et éclectiques de la révolution alternative des années 90, est la quintessence du chic postmoderne dans une époque obsédée par la culture junk. Notre culture. Ma culture. S’appuyant sur un kaléidoscope d’influences — pop, folk, psychédélique, hip-hop, country, blues, R&B, funk, noise rock, rock expérimental, jazz, lounge — Beck a toujours su créer un répertoire totalement imprévisible, complètement désordonné et bouillonnant d’idées. Forcément génial ! Il est incontestablement un produit de notre génération pop ; et c’était le moment le plus attendu des deux jours me concernant.

Au final, la légende que Beck peut être à mes yeux manquait quelque peu de folie, cette folie qui a construit la force de ses morceaux de la belle époque. L’expérience Beck sur scène reste mitigée… Forcément Beck avait sorti l’artillerie lourde, digne des grands shows à l’américaine. Il est si doux de voir débarquer sur la scène de We Love Green un putain groupe de pro capable de maîtriser avec tant de brio cette grande scène. Un show aux petits oignons réalisé par de très grands musiciens et techniciens. Et c’est peut-être là que le bas blesse. À l’énergie innocente et sincère de Juliette Armanet juste avant, Beck et sa bande tombent parfois dans le facile et le boulot bien fait. Le strict minimum, ils ont fait le métier diront certain. Certes Loser fait son petit effet, certes le plaisir est là de voir une de ses légendes sur scène, on regrette quelque part de voir plus le produit Beck que l’artiste qu’il a forcément un peu perdu avec le temps.

Superorganism, le bonbon de la pop coloré

Il est là le moment le plus pipou du week-end. Tout en couleur d’imperméable, tout en paillettes sur le visage, la bande de Superorganism a régalé son petit monde comme personne. Pas forcément à l’aise au départ sans leur écran habituel derrière, ce n’est pas forcément ce que son public demandait de toute façon. Petit à petit, la nouvelle bande d’ami se fait un nom, et cette scène à We Love Green en sera certainement pour quelque chose. Il arrive parfois qu’un groupe capte parfaitement tout ce qu’il y a de plus excitant dans la musique à l’instant T. En 2017, piochant dans les mines d’or de l’histoire de la pop, le regard tourné vers le futur de la musique, armé d’un sens du fun communicatif et décalé, produisant une explosion kaléidoscopique de sons et de d’images, ce groupe pourrait bien être Superorganism. Collectif de musiciens internationaux et accros à la pop-culture forcément. Huit au total, recrutés depuis Londres, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, dont sept vivent ensemble regroupés dans leur quartier général et studio DIY de l’Est Londonien. Ensemble, ils proposent une sorte de Big Bang musical acidulé par de la pop bonbon colorée et délicieuse à souhait.

Mount Kimbie, la valeur sûre

Avec ses rythmes familiers camouflés sous une production alambiquée, Mount Kimbie est incontestablement à l’origine de la naissance de la notion de « post-dubstep ». Dominic Maker et Kai Campos forment Mount Kimbie alors qu’ils étudient tous deux à l’université londonienne de Southbank. Début 2009, le duo sort son premier maxi, Maybes, sur le label Hotflush Recordings. L’amour fut immédiat. La même année, un second maxi voit le jour, Sketch on Glass, suivi d’une série de remixes par The Big Pink, Foals ou The XX. La hype s’installe doucement et le succès critique suit directement. Hotflush publie leur premier long format en 2010, Crooks & Lovers, une merveille, et en 2013 le duo revient avec Cold Spring Fault Less Youth, bénéficiant de plus de parties vocales et de deux titres avec le phénomène King Krule. Qu’on retrouvera d’ailleurs par la suite. Le seul défaut du set de Mount Kimbie était qu’il ne dure pas plus longtemps, jusqu’au bout de la nuit.

King Krule, le nouveau patron

King Krule justement. Ce projet solo d’Archy Marshall, artiste basé à Londres, parfois comparé à Joe Strummer et Billy Bragg et admiré par Beyoncé et Kanye West. Venu présenté The OOZ, son deuxième album, la suite de 6 Feet Beneath The Moon, acclamé par la critique en 2013. Autant dire que le garçon commence à avoir quelques références à défendre. Et forcément, le public de We Love Green ne comptait pas rater l’évènement. Et King Krule ne les a pas déçu. La preuve en vidéo.

Crédit photo Mathieu Foucher, à suivre sur Instagram.