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Celui qui veut se promener normalement

À l’époque j’avais levé mon verre pour me réveiller du cauchemar. Cela me semblait être une bonne réponse face aux attentants du 13 novembre. Bonne ou conne, mais au moins une réponse qui m’a permis de me sentir mieux, petit à petit. Lever son verre pour ne pas baisser les bras. Que le verre soit un blanc, un rouge, un jaune ou un noir. Lever son verre et passer un moment “normal” avec l’autre, quelle que soit sa couleur ou son origine. Comme nous avons pu le faire ces dernières semaines, tous unis en Bleu.

On y a cru pourtant. Que la France pouvait le faire. Toutes ces émotions passées ensemble à supporter, à chanter, à être fier de ce pays. Ce n’est que du sport, que du football, mais ça faisait un bien fou de voir tout ce monde s’amuser, à aller vers l’autre, consoler le grand perdant d’un soir. Voir tous ces pays heureux d’être en France avec nous. Certains avaient des appréhensions, mais pourtant tout s’est bien passé. Cette folie était si douce. Malgré la défaite, on pouvait être fier d’avoir vécu cela ensemble et avec les autres. Qu’il était bon d’être normal à nouveau, ne plus penser à l’horreur, juste célébrer, fêter, s’amuser et se dire que le mauvais temps était passé. Se dire que le plus grave qu’on puisse vivre désormais n’est qu’une insignifiante défaite. Et quatre jours plus tard, profiter d’une journée ensoleillée à se promener, en attendant une nuit illuminée. Vivre dans la normalité. Profiter de nos normes dans un État normal. Le matin même, notre Président souhaitait mettre un terme à “l’état d’urgence”, et pourtant…

Et pourtant, de cette date où la France fête sa liberté, son égalité et sa fraternité, on ne retiendra seulement qu’un lâche a exprimé sa folie. Tuer le plus grand nombre pour abattre un symbole. L’enquête se fera, encore une fois, permettra de répondre aux questions, éventuellement, de comprendre l’acte, et encore, de comprendre le pourquoi du comment, mais à quoi bon. Le symbole est une nouvelle fois brisé. Nous voilà “éploré, affligé”. “Nous avons changé d’époque et la France va devoir vivre avec le terrorisme.” Merci les gars… La violence est de nouveau partout, alors qu’elle nous avait jamais vraiment quitté. Elle fait bien partie de notre normalité.

Et pourtant “À l’antenne aujourd’hui, j’entends que l’on meurt, que l’on vit. Et l’insouciance qui nous fuit. L’insouciance qui n’a pas de prix.”

Et pourtant, après ce nouvel attentat, les réactions vives et à chaud ne peuvent rester au silence. Encore une fois. Malheureusement, l’expression et surtout l’expression de soi passe avant le silence, le deuil et l’analyse. Alors que les antennes diffusaient encore les images du feu d’artifice de Paris, alors que moi-même j’en profitais avec des amis au huitième étage de la plus belle terrasse possible rue de Rivoli, les notifications tombent et les médias se bousculent pour être les premiers à soit disant informer. L’audimat étant plus fort que tout. Les tweets fusent pour exprimer son ressenti. La prise de parole devient indispensable malheureusement dans ces moments, rendant l’extraordinaire tout à fait ordinaire. Ces réflexes sont pourtant si mauvais, tellement violents. Assis à côté de la mort de votre femme, que faire devant le micro de la TV ? À lire ces tweets de prises d’otage et d’incendie à la Tour Eiffel, que devons-nous penser ? Sans connaître le pourquoi de ce fou furieux, devons-nous déjà parler de terrorisme islamique radical simplement sur le fait qu’il est franco-tunisien ? Devons-nous subir ses commentaires, ses rumeurs, ses photos, ses vidéos, cette violence ? Alors on coupe l’antenne, on éteint le téléphone, on file au lit et on rentre de nouveau dans un cauchemar. Avec cette pensée que la normalité est morte aussi sous les roues de ce camion.

Face à cette violence, le port d’âme devrait pourtant être obligatoire. Ce principe de vie, cet état de conscience et d’intelligence, ce qui offre à l’être humain son originalité, ce qui l’anime et fait qu’il touche la sensibilité. Ce qui lui permet d’aimer.

Il était si tard, la journée était si belle, et l’insouciance de cette journée de fête nous a fuit le temps de ces quelques tragiques minutes, sur une des plus belles promenades. Hier les journalistes, les dessinateurs, les juifs, les policiers et les fêtards, aujourd’hui les familles. L’injustice est si grande. Parce qu’ils voulaient simplement se promener jusqu’à tard dans la nuit et voir des pétards exploser de milles couleurs, voir les yeux d’enfants s’illuminer.

Alors il va falloir s’aimer plus encore. “Nous gaver d’amour jusqu’à en crever.” Être insouciant comme un enfant plein d’espoir. Et surtout continuer à se promener, normalement.

Celui qui est pour le port ame obligatoire

© Illustration de Lou pour Tiny Morning Sketch

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