Photo Vincent Arbelet

Voilà, le Pitchfork Music Festival est bel et bien terminé ! Et avec 5 jours de concerts dans les pattes et les oreilles, on a encore une fois fait le plein de découvertes et de fêtes. Il est venu le temps de faire le bilan : découvrez quelques coups de coeurs et quelques groupes qui auront marqué cette 8e édition ; selon moi.

Après une 7e édition en demi-teinte, le Pitchfork Music Festival se devait (une nouvelle fois) de faire ses preuves. Et cette fois-ci, la programmation avait tout pour plaire. Plus dans les standards qu’on peut se faire d’une scène indie-rock. Et c’est avec grand plaisir que les guitares ont résonné à nouveau et comme il faut sous la Grande Halle de la Villette. Têtes d’affiche et jeunes pousses ont su réveiller cette foule qui ne demandait qu’à se réchauffer le corps et les oreilles ; et c’est toujours si peu évident avec ce public si spécial. Sans oublier la mise en bouche Avant-Garde qui a su apporter également son lot de belles surprises. Je vous raconte tout ça.

Des Avant Garde, retenez Anaïs, Jimothy Lacoste et Jpegmafia.

Après une première édition réussi en 2016, le Pitchfork Music Festival continu de réveiller notre curiosité avec ses Avant-Garde. Cette promenade nocturne dans 7 salles emblématiques autour de Bastille est encore une fois une idéale entrée en la matière. Pas moins de 46 concerts, 2 jours à se laisser aller ici et là, à faire des choix en fonction de son moment, pour découvrir cette nouvelle garde indé. Du coup, difficile de tout voir, forcément…

Des quelques concerts auxquels j’ai pu accéder et assister, je retiens un seul nom : Anaïs. Quelle voix ! Dublin, Dakar, la Californie… La vie d’Anaïs est un éternel road trip. Et en à peine une poignée de morceaux, elle a réussi à embarquer avec grâce dans ses voyages la foule compacte du Pop-up du Label. Native de Toulouse, elle habite désormais à Londres, et c’est peut-être la raison pour laquelle est si méconnue en France. De toute évidence, pas pour longtemps ! Son premier EP Before Zero est à écouter d’urgence (le temps de patienter pour une nouvelle date de par chez nous). Elle y rend hommage à l’une de ses héroïnes, Nina Simone ; et dévoile une reprise habitée de La Mamma d’Aznavour. Certain que vous aussi vous serez bluffé !

Autre style, autre référence : Jimothy Lacoste et Jpegmafia. L’un fait dans le précieux, l’autre préfère le rentre dedans. L’un comme l’autre ont été deux beaux et grands moments de live au Badaboum. Jimothy Lacoste c’est avant tout la justesse de son humour et de son flow qui font mouche. Ses danses et mimiques si particulières, son style très 80’s, à la limite du ridicule parfois, il est pourtant une belle révélation de ses Avant-Garde. Et la grande sensation du hip-hop londonien actuel. A seulement 19 ans, il est déjà annoncé par Highsnobiety comme un des 10 rappeurs UK de l’année 2018. L’écouter c’est l’adopter. Vivement la suite ! Dans un tout autre style, Jpegmafia c’est d’abord l’engagement qui impressionne. Puis, les textes qui dénoncent le racisme et l’hypocrisie des États-Unis (avec cynisme et humour). Mais, c’est surtout sur scène que vous prendrez votre claque. N’hésitant jamais à partager son énergie avec son public, directement dans la fosse. La cerise sur le gâteau est que Jpegmafia semble faire son rap à l’ancienne, seul avec son ordi. Il s’occupe en effet de ses projets depuis l’écriture jusqu’au mastering, ce qui donne un réel côté lo-fi et expérimental à ses productions. Brut de décoffrage, cet ancien pilote de l’armée américaine a réussi à s’imposer dans le hip hop underground comme l’un des artistes les plus ambitieux de ses dernières années, et il est certain qu’on entendra encore parler de lui ces prochains mois.

Foule sentimentale – Alban Gendrot

Car Seat Headrest, le grand gagnant de cette édition

Révélé grâce à Bandcamp, Car Seat Headrest est le projet de l’auteur-compositeur et multi-instrumentiste Will Toledo. Difficile de ne pas tomber amoureux au premier coup de guitare. Avec son indie rock faisant la part belle aux sonorités lo-fi. La chance dans tout ça, c’est qu’hyperactif, il comptabilise déjà 11 albums dont 8 totalement auto-produit.La puissance narrative de ses textes lui ont forgé la réputation d’un songwriter hors pair. Vous aurez de quoi faire alors pour apprécier à sa juste valeur le talent du petit prince actuel de l’indie mondial. Cerise sur le gâteau, Will Toledo s’accompagne désormais d’un vrai band, d’au moins 7 ou 8 musiciens sur scène, mais voilà vous avez raté ça malheureusement. En tout cas, faites en sorte de ne pas reproduire cette même erreur pour la prochaine fois.

La consécration Mac DeMarco

L’éternel adolescent est de retour en terres françaises ! Et par la grande porte s’il vous plaît. Voilà que Mac DeMarco est désormais une tête d’affiche au Pitchfork et signe alors le grand concert de la journée. Ça tombe bien, il y avait de quoi faire avec son dernier album This Old Dog. Et il la très bien fait, à sa manière. Une douce folie s’est diffusée au fur et à mesure de son set. Compositeur talentueux certes, Mac DeMarco est également un showman hors-pair. Capable de porter sur ses épaules le rêve d’un gosse d’à peine 11 ans. Il ne reste plus qu’à voir son concert grâce à la captation des équipes de la Blogothèque pour comprendre tout cela.

La fête Lewis OfMan et Jeremy Underground

Depuis longtemps que je souhaitais le voir, voilà chose faite. Il faut dire que Lewis OfMan a cette particularité attachante de nous faire danser dans le salon, pourtant les nombreux festivals où j’aurai pu le croiser le programmaient à des horaires peu commode, souvent en début de journée. Merci au Pitchfork Music Festival de rendre la part belle à ce petit bonhomme fort prometteur. À seulement 20 ans il a déjà collaboré avec Lana Del Rey, Fakear, les Pirouettes, Vendredi Sur Mer et plus récemment Rejjie Snow. Un sacré melting pot musical, dont on retiendra une chose : le garçon a du flair dans ses productions… Et impose son style. Naviguant entre ego-trip et romance nerveuse, avec une touche d’avant-garde. Lewis OfMan a tout pour plaire et clairement il séduit encore plus en live !

Dans un autre style, tout aussi amoureux de la belle house, le Dj et collectionneur de vinyles Jeremy Underground a su nous ambiancer comme il faut pour ce before du samedi soir. À l’aide de mixes pointus et de compilations pépites, ce français à la popularité grandissante a fait plaisir à toute la Grande Halle de la Villette. Pas bien difficile après le fiasco Bon Iver… Connu pour son label My Love (que je recommande) et sa connaissance parfaite en selector de house doucement colorée de jazz, soul et funk, Jeremy Underground est déjà une star des clubs parisiens et new-yorkais. A ne pas louper si vous avez la chance de le croiser donc.

La beauté Snail Mail

Originaire de Baltimore, Snail Mail est l’une des dernières signatures du label Matador Records. Portée par la jeune chanteuse-compositrice et guitariste Lindsey Jordan, qui se démarque grâce à ses cordes vocales puissantes, des paroles savantes et des compositions techniques. A peine sorti du lycée, le groupe a déjà sorti un EP (acclamé par la critique) et leur premier album Lush sorti le 8 juin est une valeur sûre de cette année. Sur scène, Lindsey Jordan dégage une énergie folle et a su faire vibrer le public de Pitchfork ! Pas chose facile à 18h45 d’une journée qui s’annonce jusqu’au petit matin. Une des belles découvertes sur scène.

Beauté – Snail Mail par Maria Louceiro