Le Sakifo Musik Festival ouvre ses portes sur une première journée chargée : Calypso Rose, Catherine Ringer, Sia Tolno, Earth Wind & Fire, Stuck in The Sound et General Elektrics entre autres. Un vendredi 1er juin triple-crème avec de sacrés découvertes !

Yaourt Soul Experience

On commence la journée avec Yaourt Soul Experience : de la musique blues, gospel, rock, funk avec une section cuivres bien nerveuse, le tout en yaourt (l’argot des quartiers populaires de Memphis). Ajoutez à cela lunettes noires et costards à la Georges Abitbol : La Classe Américaine détournée à la kreol et première belle découverte du festival ! Pas moins de quinze musiciens sur scène pour de l’énergie pure et une bonne humeur contagieuse. D’ailleurs le public n’a pas hésité à se joindre à la fête en montant sur scène déguisé de force pour des solos de air guitar endiablés ! De bonne augure pour cette journée qui s’annonce groovy à souhait.

Ma réaction lors du concert de Yaourt Soul Experience.

Calypso Rose

J’enchaîne avec la doyenne du festival. 71 ans au compteur, Calypso Rose s’est consacrée au chant dès l’âge de 15 ans, vous dire le pilier ! La sauce prend très facilement avec le public découvrant cette musique particulière qu’est le calypso : un genre musical à deux temps venant des Antilles proche du mento jamaïcain, parfait pour le carnaval. Couronnée cinq fois consécutives « Calypso Queen » lors du carnaval de Trinidad (un record), McCartha Linda Sandy-Lewis est célébrée avec ferveur par toutes les communautés des Caraïbes, et désormais à la Réunion. A l’instar d’Aretha Franklin, de Cesaria Evora ou de Miriam Makeba, Calypso Rose est une chanteuse de l’âme et une icône de la musique populaire. Son set ne dément pas, cette performeuse hors pair m’impressionne, ravissant le public par son charisme et sa joie de vivre. Et par quelques bons conseils de grand-mère.

Ma réaction après le concert de Calypso Rose.

Une ou deux bières à la main, je fonce voir une autre grande dame du festival.

Catherine Ringer et Thermoboy

Plus que quelques minutes avant le début du set et déjà beaucoup de monde. On se rapproche de la jauge exceptionnelle de -M- il y a 2 ans. Le public du Sakifo se trompe rarement, tout le monde sait que le concert sera grand. Récemment sacrée Artiste féminine aux Victoires de la Musique, l’excentrique membre des Rita Mitsouko est attendue de pied ferme ici. On débute tranquillement avec Vive l’Amour et Punk 103, comme dans son dernier album Ring’n’Roll. On enchaîne avec Ce Sale Ton, Triton, Tongue Dance puis les premières notes de Andy sonnent, la foule en délire lui dit « Oui Oui Oui ». Enfin !

Catherine Ringer a su conserver toute l’énergie et la folie qui caractérisait le duo des Rita Mitsouko, comme un homage à son éternel acolyte Frédéric Chinchin. Désormais accompagnée de leur fils Raoul à la guitare, la prêtresse du rock hexagonal est toujours autant passionnée et théâtrale, une inventivité et une liberté musicales rares sur la scène française. Pour sa première venue sur l’île de la Réunion, elle enchaîne donc les sympathiques tubes de son nouvel album, mais ce sont surtout les Rita Mitsouko que le public veut voir, malheureusement il y en a peu et C’est comme ça.

Le festival est bel et bien parti ! Je fonce voir les copains de Thermoboy de l’autre côté du site. En passant résonne le maloya de la Salle Verte, trop de monde, ce sera pour une prochaine fois. Thermoboy est bientôt sur la fin. Je fonce. Rongés par le feu de la pop et du rock minimaliste, les membres de ce power-trio revendiquent avec une pointe d’humour la pratique d’un “grunge traditionnel kréol”. Juste un dernier titre, dommage.

Sia Tolno et Julien Doré

Les rumeurs disent que Sia Tolno est à ne rater sous aucun prétexte. On s’attroupe pour Julien Doré, tant mieux, j’aurai plus de place pour voir cette grande dame, encore, de la musique africaine. Sierra-léonaise, forcée par la guerre civile à l’exil en Guinée, Sia Tolno a apprivoisé ce douloureux passé et en a extrait une force qui irradie ses compositions, quelque part entre Fela Kuti et Miriam Makeba. Le groupe commence seul, elle les rejoint avec classe. Ca embarque, ça déhanche, mais il manque ce petit quelque chose qui transporte… J’attends un peu, mais bon… Photos prises, idées faites, je décide de rejoindre ma soeur à Julien Doré. Et oui, contre toute attente, je me dis qu’il faut bien se faire un avis avant de critiquer. Julien Doré n’a rien à prouver, tout le monde le connait, beaucoup de monde les bras en l’air à mon arrivée. Merci Télévision, mais qu’en est-il de l’artiste sur scène alors ? Il grimpe, il transpire, il boit des bières avec le public me dit ma soeur et son copain. Surpris, je vois que le public cosmopolite et de tout âge répond présent. L’ambiance est bonne. Il y a juste un petit quelque chose qui dérange : qu’est-ce que ce style Julien ? Couronne de fleur, cheveux longs, marcel et slim noir trop près du corps, costaud en passant. Musicalement, Julien Doré fait le show : du rock facile et sympathique pour un milieu de soirée, contrairement à ce que j’aurai pu penser. Mais visuellement, c’est très difficile. On aime, tant mieux. Personnellement, je préfère retourner au bar.

Ma réaction après le concert de Julien Doré.

Earth, Wind & Fire

Phénomène funk des années 70, Earth, Wind and Fire est la deuxième grosse attraction de la soirée. Le groupe a su, malgré de nombreuses refontes, perdurer en surfant avec brio sur la vague disco au moyen de tubes efficacement groovy que tout le monde connaît. Et le public répond une nouvelle fois présent à l’appel à la formation de Al McKay, guitariste fondateur et compositeur de nombreux hits du groupe, qui nous fera danser pendant plus d’une heure. La machine est super bien huilée. Propre, carré, groovy à souhait encore une fois. Les titres s’enchaînent. Je ne connais aucun morceau, mais j’apprécie. Les « meilleurs musiciens du pays » (dixit Al McKay) enchaînent pépites de solo et envolées de belles vocalises. Impressionnant ! Et puis ça se tasse, la machine de guerre devient trop peaceful, la fatigue pour moi sans doute. Je passe mon tour, le carry poulet m’appelle. Et j’ai besoin d’énergie pour la suite.

Stuck In The Sound & General Elektriks

Vu et revu sur Paris certes, mais hors de question de les louper à la Réunion. Alors que Earth, Wind & Fire enchaîne les derniers titres et prend du retard, les Stuck In The Sound attendent en loge imitant chaque partie d’instrument. José, le chanteur et guitariste, se concentre sous sa capuche. De loin, on apprécie le grand final avec September et Let’s Groove. 

Excellent quatuor repéré il y a cinq ans déjà grâce au tube Toyboy, les Stuck In The Sound ont bien évolué depuis, mais la démarche est toujours restée la même. C’est peut-être cette stabilité qui explique la cohérence de leur 3è album Pursuit, véritable collection de hits pop-rock, mieux écrits et plus maîtrisés qu’auparavant. On sent un groupe sincère qui a su digérer ses multiples influences pour mieux s’en affranchir. Une excellente impression qui se confirme une nouvelle fois sur scène ! Du bon rock comme celui des Stuck In The Sound, on en voudrait plus souvent.

Ma réaction pendant le concert des Stuck In The Sound.

Je fonce voir le final de General Elektriks. Derrière le nom énigmatique de General Elektrics et de cette funk du futur se cache Hervé Salters, claviériste français ayant notamment œuvré pour -M- ou Femi Kuti ou encore le collectif Quannum (DJ Shadow, Blackalicious), vous dire ! Un génial touche-à-tout qui marie les sons hip hop, soul, pop et jazz, le tout dans une marmite de groove inimitable. Sur scène, il s’entoure d’instrumentistes talentueux pour intégralement réadapter son répertoire en un show jubilatoire et irrésistiblement dansant. Certainement le meilleur de ce vendredi. Du funk qui claque, merci !

Ma réaction pendant le concert de General Elektriks.

 

Voilà c’est tout pour aujourd’hui, et c’était déjà pas mal.