Encore une fois, La Route du Rock a su réveiller notre amour pour la musique indé grâce à sa programmation pointue, exigeante et en tout point curieuse. Teenage Fanclub, The Limiñanas, Fishbach, Romare, Barbagallo, Buvette, Shame, Tim Darcy de Ougth étaient de la partie. Je vous raconte en quelques mots et images ce qu’il faudra retenir de ces quelques jours passés sur la Route du Rock.

Shame en tout point le grand moment du week-end

Découvert au Pitchfork Music Festival l’année dernière, reparti déjà sur une excellente sensation, c’était avec un énorme plaisir qu’on a appris la venu des cinq jeunes « lads » de Brixton sur La Route du Rock Hiver. Shame a sans aucun doute était le plus grand moment du week-end, en tout cas de mon point de vue. Et Shame est sans aucun doute l’un des groupes les plus excitants de la scène britannique actuelle, du point de vue de beaucoup de monde.

Pourtant, on ignore presque encore tout d’eux, ils viennent à peine d’éclore, n’ont aucun album ou EP à leur actif, simplement deux ou trois titres que vous pouvez retrouver sur leur YouTube et Bandcamp. Pourtant Shame pourrait bien être le bel et grand futur du rock anglais. « This is how it start » introduit crânement Shame sur The Lick. Tout premier morceau tout en tension et distorsion de ces hirsutes d’Anglais comme on peut en tomber si facilement amoureux dès les premières mesures. Voilà ce genre d’introduction parfaite dans un univers malsain, dangereux, incandescent en tout point. L’Angleterre n’en a pas fini avec les sales gosses adeptes de rock fiévreux. Et c’est tant mieux. La preuve en vidéo grâce à Arte Concert.

Shame à suivre de très prêt et surtout dans tous les bons festivals qui auront l’intelligence de les booker cet été.

Buvette, mon nouveau pote

À voir son ciré jaune, ses longs cheveux au vent, son regard malicieux, on imagine Cédric très à son aise une fois installé à cette buvette sur les bords de Saint-Servan-sur-Mer, non loin de la cité de Saint-Malo. Comme un retour au pays du marin qu’il a du être dans une autre vie. Pourtant Cédric n’est pas un aspirant romantique des marées, il a vécu dans les montagnes suisses où seul la douceur de vie trouve une similitude au lieu où j’ai pu échanger quelques mots avec lui.

Dès le départ, la question est forcément posée : « Pourquoi Buvette ? » Et Cédric m’explique alors (comme il a du l’expliquer des centaines de fois déjà) sa vie dans ce bar montagnards où se mélange touristes d’un jour et habitués du coin. Un lieu de rencontre parfois paumé, parfois plein, où les différences se croisent, se découvrent, communient ensemble ou non. Enfin, j’imagine. Cédric, lui, s’est découvert un véritable amour pour la musique. Pas forcément une échappatoire, plutôt un moyen de communication et de communion avec les autres. Une manière d’abreuver sa soif avec autre chose que l’alcool. Une manière de passer son service beaucoup plus sympathique et moins monotone. Et de là, il s’est mis à sampler, à produire, à construire son univers si personnel, et surtout attachant. L’histoire, la vie et la musique de cet homme-orchestre sont envoutantes en tout point.

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Plus tard dans la discussion, Cédric m’explique que sa musique, il la doit aussi à son père amoureux aussi bien du rock 70’s qu’à la world music. Cette sous-culture s’est développé entre deux verres ou deux mix. Et a forgé sont imaginaire sans limite, qu’on retrouve avec délice aussi bien sur ses albums que sur scène. À l’instar d’un Flavien Berger, dont il est le copain de label, Buvette a trouvé dans son électro et les bidouilles sonores une superbe boite à outils qui lui permet de développer des compositions hybrides, à la fois dansantes et mélancoliques. Un univers tellement riche, qu’on retrouve avec plaisir dans Elasticity d’ailleurs, son quatrième album publié chez Pan European Recordings.

L’univers de Buvette, électronique, onirique et venant du monde entier prend une dimension superbe sur scène. Et pour l’avoir vu plusieurs fois déjà, ce soir à la Nouvelle Vague fut certainement l’un de ses meilleurs concerts. Il ne cesse de progresser, de prendre de l’ampleur, son groupe avec lui. Une harmonie où tout s’accorde à vouloir s’échapper aux classifications le temps d’une merveilleuse parenthèse. Grâce à Buvette, l’exploration de nouveaux territoires se fait en musique, le temps se dilate, et on plane très haut, sans vouloir jamais redescendre. À boire sans soif.

Juniore, la nouvelle bande de fille dont on entendra encore parler, très souvent

Après deux EP remarqués (et remarquables), la bande de filles de Juniore a sorti son premier album tant attendu en début d’année dernière. Et pour tout vous avouer, il a pas mal tourné dans les enceintes durant tout l’été. Pourtant, je n’avais jamais eu l’occasion de découvrir Juniore sur scène. Voilà chose faite grâce à La Route du Rock Hiver. Toujours avec la même facilité, et tout en évitant l’écueil du rétro, Juniore revisite un passé fantasmé avec une classe folle. Et forcément, ça bien du bien de voyager dans le temps ces derniers temps. Comme pour la Femme, Juniore réinvente une pop à la française élégante et raffinée, qui tend vers la ‘surf music’, idéale pour La Nouvelle Vague de la Route du Rock du coup.

Difficile de ne pas craquer en les découvrant sur scène. Il y a tellement de choses séduisantes à les écouter, évidentes surtout. Elles vous accrochent dès les premiers riffs, la voix nonchalante d’Anna emballant le reste avec beauté. Juniore est une incroyable machine à remonter le temps. Ses flashbacks 60s rappellent avec douceur l’innocente d’une époque festive dont la nostalgie est finalement très attirante.

Pour les avoir (enfin) découvert sur la scène de la Route du Rock, je peux vous assurer qu’on entendra encore ces filles de Juniore pendant longtemps. Car bien qu’il y ait ce côté rétro indéniable, elles font partie de l’air du temps. Et l’air de rien, il y a quelque chose dans l’air avec ces filles qui ne manquent pas d’air.

Et pour le reste, ça sera en images