40 ans ça se fête, surtout quand cette longévité n’était pas vraiment prévue au programme. Plutôt une belle et sacrée histoire de programmation, de découvertes et d’envie avant tout. Catalyseur des musiques actuelles, chaque édition a su construire au fil des années la trajectoire de la comète tourbillonnante que les Trans Musicales sont devenues 🎶

Un festival, au mois de décembre, il n’y a que les Bretons pour y penser ! Pendant les 5 jours du festival, du 5 au 9 décembre 2018, une petite centaine de groupes sont programmés dans 25 lieux de concerts différents. De quoi se faire un marathon musical, voire un triathlon si vous enchaînez les 3 soirées du Parc Expo. Pour au final, espérons le, finir en transe !

Car, fidèle à ses principes dans ses choix artistiques, la programmation des 40èmes Trans Musicales continue à proposer un large panel sans œillères ni frontières des musiques d’aujourd’hui. Un tourbillon musical d’artistes et de groupes, sans quota : les choix sont ici artistiques et ne répondent à aucun cahier des charges prédéfini. Ce qui explique donc le caractère si imprévisible et ouvert à toute diversité que l’on constatera une nouvelle fois aux Trans. Musicalement, en considérant les styles dans lesquels évoluent les artistes de la programmation, on remarque d’emblée la forte présence des musiques africaines modernes (afrobass, afro-house, kuduro, techno tribale…). L’autre tendance qui structure fortement cette édition est la représentation d’un large panorama de groupes rock et pop rock – avec notamment la confirmation de la poussée du courant psychédélique déjà observée l’an dernier. Entre ces deux orientations, on repère dans cette programmation 2018 des artistes renouvelant les esthétiques post-punk (notamment par le croisement avec les musiques électroniques) et techno (par l’ajout d’une guitare ou d’un piano classique), ainsi qu’une tendance allant vers le mix electro-pop/soul. Après un retour progressif du hip hop ces dernières années, on ne peut passer sous silence la très belle sélection d’artistes qui l’amènent vers de nouveaux territoires (afro, électroniques voire expérimentaux). Enfin, et c’est aussi l’identité des Trans qui s’exprime ici, certains artistes sont si singuliers dans les mélanges ou évolutions musicales qu’ils ont provoqués qu’il n’existe pas encore de mot pour désigner les esthétiques qu’ils ont développées. Ce sont de nouvelles visions du monde qu’ils nous proposent. À nous de nous en saisir.

Et de célébrer cet anniversaire comme il se doit. Sans symbolique d’un chiffre rond, sans crise de la quarantaine. Comme les Trans, en gardant l’œil rivé vers l’avenir et l’à-venir avec toujours cette même envie d’inattendu, cette curiosité toujours plus insatiable pour les nouvelles expressions musicales.

« Les Trans, nouveau depuis 1979 »

Désormais leur nouvelle signature. Comme une évidence. D’abord, ce constat que les Trans sont la matrice d’un projet qui va bien plus loin qu’un festival, et puis cet engagement à continuer d’être précisément en cet avant-poste où l’inconnu vaut toujours la peine d’être vécu.

Les Rencontres Trans Musicales naissent en 1979 à l’initiative de l’Association Rennaise « Terrapin » (nommée ainsi en référence au morceau Terrapin issu de The Madcap Laughs de Syd Barrett), constituée de Béatrice Macé, Jean-Louis Brossard, le disquaire Hervé Bordier (qui part en 1996), Jean-René Courtès (jusqu’en 1989) et d’autres étudiants Rennais passionnés de musique. L’association étant en déficit, ses membres programment un concert de soutien qui réunit la fine fleur du rock local. La première édition se déroule au mois de juin 1979 dans la salle de la Cité : 12 groupes jouent sur deux soirées ; la participation est libre et la manifestation réunit 1 200 personnes. C’est à partir de la seconde édition que les Trans se dérouleront au début du mois de décembre et inviteront d’autres artistes français des autres régions, les internationaux arrivent à partir de 1982. Les Trans se sont exportées en Chine, en Norvège, dernièrement au mois de mai 2010 en République tchèque et en Russie, promouvant ainsi des artistes francophones partout dans le monde. Cumulant plus de 2 500 artistes et groupes programmés et 62 000 entrée sur la dernière édition !

Connues pour leur programmation musicale radicalement axée sur la découverte, les Trans sont dorénavant internationalement reconnues par le milieu et la presse, les révélations artistiques devenant régulièrement les têtes d’affiches du lendemain. C’est à Rennes qu’ont joué pour la première fois en France Björk, Ben Harper, Lenny Kravitz, Nirvana et que se sont révélés au public Daft Punk, Beastie Boys, The Fugges, LCD Soundsystem, Stromae, Étienne Daho, Arno, Stephan Eicher, Les Négresses Vertes, Bérurier Noir, Noir Désir, Mano Negra, Denez Prigent, Amadou & Mariam, Birdy Nam Nam, Justice, M.I.A., j’en passe et des meilleurs certainement !

Quoi de beau au menu des 40èmes Trans Musicales ?

Bien évidement, difficile de résumer la programmation des Trans en quelques mots. Tellement il y a de découvertes et qu’il est nécessaire d’un minimum de travail pour se faire une bonne idée de ce qu’il nous attend. De toute façon, il est toujours mieux de se laisser aller aux découvertes, aux envies et à la curiosité durant ce festival. Néanmoins, je me permets de mettre en lumière 5 noms que je ne risque pas de louper. Pour le reste, je vous invite à découvrir en musique la programmation des 40èmes Trans Musicales grâce à la playlist à la suite.

Dombrance – Bertrand Lacombe est un homme de l’ombre qui a travaillé avec Calc, Emily Loizeau, Charlélie Couture, Superpoze… Sous son alias Dombrance, le multi-instrumentiste bordelais a signé un grand disque de pop éclectique en 2004 et joue dans DBFC (l’une des révélations des Trans 2014). Aujourd’hui, il créé un nouveau projet solo électronique où chaque titre est inspiré par une personnalité politique comme Jacques Chirac ou Jean-Pierre Raffarin (incroyable nouveau single à écouter d’urgence !). Son programme pour les Trans me semble très simple : nous faire danser avec le sourire sur une disco moderne et malicieuse.

Bodega – Ce quintet mixte de Brooklyn est l’une des grosses sensations rock du moment. Leur talent ? Rassembler dans des morceaux de moins de deux minutes leurs influences indie rock (Parquet Courts <3), post-punk et dance punk new-yorkaises (Teenage Jesus & The Jerks, LCD Soundsystem) mais aussi britanniques (Wire en première ligne) pour proposer un show rock and roll, fun et dansant. L’âme rock de New York en 2018, c’est Bodega et c’est forcément à ne pas louper.

Vurro – Une batterie, deux claviers, quelques clochettes, voilà tout l’attirail nécessaire de Vurro ! Le visage planqué sous un crâne de taureau, ce mystérieux Espagnol en salopette de redneck est un peu le rejeton frappadingue de grands allumés tels Bob Log III, Jerry Lee Lewis ou Hasil Adkins. Du rock ‘n’ roll au piano avec des cymbales frappés avec les cornes, forcément exubérant et tapageur.

Black Pumas – Ce sextet né à Austin, sous l’impulsion du guitariste/producteur Adrian Quesada et du chanteur Eric Burton, joue une soul mélancolique et sensuelle aux accents psychédéliques. Depuis son premier concert (en février) et son premier single Black Moon Rising (en mars, chez Colemine Records), la rumeur ne cesse de grandir à propos des performances scéniques du groupe et notamment de son chanteur qui maîtrise toutes les nuances des grandes voix de la soul. Affaire à suivre et à voir donc.

Robert Finley – Après des années à l’armée, il devint charpentier puis perdit la vue, pour finir musicien de rue. En 2016, paraissait un premier LP, Age Don’t Mean a Thing – il avait 63 ans. Séduit par cette voix hors du commun, Dan Auerbach de The Black Keys appela, entre autres, Duane Eddy ou Nick Lowe pour un second essai terrassant : un blues à l’os, mâtiné de soul et de gospel – totalement hors d’âge. Assurément une grande découverte à ne pas louper également.

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