Que retenir de ce Printemps de Bourges 2018 ? C’était ma première fois, et malgré les quelques petites appréhension, j’en ressors pleinement heureux et impressionné par quelques artistes, dont je dois bien vous en parler un peu.

Depuis 1977, le Printemps de Bourges s’est petit à petit fait la spécialité de lancer la saison des festivals estivaux en France. Cette année, la programmation proposait les jolies noms de Véronique Sanson, Juliette Armanet, Orelsan, Charlotte Gainsbourg, Catherine Ringer, Bigflo & Oli, Eddy de Pretto, Arthur H, voir en live ceux qui font actuellement la scène française, dans toute sa diversité. Bien évidemment, il s’agissait pour moi de me faufiler à travers ces quelques grands noms et têtes d’affiche pour mieux profiter des iNOUïs et des découvertes à venir ces prochains mois.

Du 24 au 29 avril, la ville Bourges et sa région était en fête. Avec des conférences, des rencontres, des lieux insolites, une forte présence en ville, des spectacles alliant musique et littérature, le Printemps de Bourges marque également, par son identité forte, une bouffé d’air pour les festivaliers habitués à courir de scène en scène dans un « enclos » bien définis. Qu’il est agréable de retrouver cette ambiance de festival de ville, capable de proposer de la musique tôt dans l’après-midi jusqu’au presque petit matin. Des scènes gigantesques, d’autres intimistes, surtout des gratuites qui font du Printemps de Bourges un festival à partager avec tout le monde, en fonction simplement des envies artistiques et de cette programmation riche en qualité. Partout dans la ville, pour ne faire qu’un le moment venu.

De mon côté, je n’ai pu assister aux journées du 26, 27 et 28 avril. Pas de Véronique Sanson ou Juliette Armanet à mon grand regret. De toute façon, en trois journées, j’ai eu de quoi faire. Et surtout, assister à de grands moments avec Ben Mazué ou Orelsan. Je vous raconte en détail et vous assure que ces quelques concerts et tournées que vous pourrez voir durant l’été ne seront pas à louper.

Ben Mazué raconte l’histoire de nos petits riens avec un talent singulier

Il était une fois un artiste reconnu de ces pères mais pas assez encore du public. Chanteur, compositeur, conteur, poète, comédien, Ben Mazué est tout ça à la fois. Son écriture, entre chanson narquoise et rap ultra-doux, explore tous ces sentiments que l’on traverse dès qu’on pense à l’autre et un peu à soi. Et forcément, son nouveau spectacle, La Princesse et le Dictateur, entre conte et autobiographie, raconte tout cela.

Accompagné seulement par Robin Notte au clavier, Ben Mazué nous raconte une nouvelle histoire, un conte autobiographique, et nous invite à lui prendre la main pour un incroyable bout de chemin. Capable de mettre en musique et en poésie notre quotidien, il chante ou narre des petites histoires de cette Princesse et de ce Dictateur, des petites histoires de Ben Mazué et de son public, des petites histoires avec nos petits riens. Vous ne vivrez rien de mieux avec Ben Mazué sur scène.

Infatigable et imparable Petit Fantôme

Pierre Loustaunau est beaucoup de musiciens à la fois, comme un élément essentiel de Frànçois and The Atlas Mountains jusqu’en 2014, un membre de Crane Angels, d’Iceberg, du Pingouin… Mais lorsqu’il est Petit Fantôme, il écrit et interprète une pop rêveuse aux mélodies seventies et aux filtres contemporains, entre rêveries nerveuses et nostalgies imprécises, entre soleils d’hiver et éclairs de bonheur… Avec ses textes à la candeur soigneusement pesée et subtilement piégée, un idéal de croisement entre JP Nataf, les Sparks et Grandaddy.

Avec son album Un mouvement pour le vent sorti l’automne dernier, Petit Fantôme souffle cette fraîcheur pop qu’il manquait cruellement au Printemps de Bourges. Sur une scène gratuite, Pierre et sa bande n’étaient pas forcément à leur aise sur les premières notes, le grand public n’étant clairement pas réceptif à cette musique. Pourtant, petit à petit, en se lâchant, eux comme nous, le vent s’est mis à se lever. Et Petit Fantôme confirme alors ce talent brut et simple. Infatigable et imparable sur scène. On aurait aimé les voir sur une scène plus tard dans la nuit, pourtant le Printemps de Bourges a eu raison de les mettre en gratuit pour du grand public. Car il est clair que cette pop indé porte en elle quelque chose qui se doit d’être plus populaire encore. Et forcément, je ne manquerai aucun effort pour vous convaincre plus encore d’apprécier Petit Fantôme sur scène et dans les oreilles.

La force apaisante de Pépite

Thomas et Édouard se définissent comme des aventuriers du sentiment et baladent leurs vagues à l’âme aux confins de la pop et du psychédélisme. Ils auraient pu être Beach House ou Michel Berger, ils sont Pépite, un duo français qui aime à nourrir sa musique de couleurs chatoyantes et de sensations douces. Le monde d’aujourd’hui vu par le prisme d’un lyrisme exacerbé, ondoyant et chaloupé. Révélés sur le label indépendant microqlima avec un premier EP en 2016, puis un deuxième en 2017, hâte de les entendre en long format. Car à force de les apprécier sur scène, on se rend vite compte du talent et de la force apaisante de cette Pépite indé.

Claque Orelsan

Avec La Fête est finie, son premier album solo depuis six ans, paru à la rentrée 2017, Orelsan a restauré son trône. Featurings de rêve (Ibeyi, Maître Gims, Nekfeu, Stromae, Dizzee Rascal) et une rafale de titres colossaux dont on sait déjà qu’ils vont stimuler l’écriture de tous ses confrères et façonner l’horizon du rap game pendant quelques saisons. Et pourtant, ce n’est pas du tout ce genre de musique qui fait mon quotidien. Je n’avais même pas écouté l’album, même pas curiosité, avant de le retrouver sur scène. Je ne compte pas le faire demain non plus. Pour moi, et seulement pour moi, Orelsan c’est du live avant tout. J’imagine Aurélien Cotentin comme une sorte de Teddy Riner de la chanson française. Il a l’air sympa comme ça de prime abord sous ses airs débonnaires, mais pourtant quand il te chope il ne te lâche plus. Impressionnant Orelsan capable de nous amuser, petits et grands, sur le même refrain des rappeurs d’avant, simple, basique.

Douceur Malik Djoudi

Sa vie est déjà riche en expériences en tant que compositeur de musique pour la télévision, le cinéma ou la pub ou en tant que chanteur en anglais dans plusieurs groupes (Moon Pallas, Alan Cock et Kim Tim) et pourtant la découverte de l’écriture en français a profondément changé sa vision des choses. Ni vraiment musique de club, ni simplement variété française, Malik Djoudi donne une dimension nouvelle à la pop française sur une trame électro épurée. Fragile et vibrant.