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Dans la tête de Kurt Cobain

Laurent-David Samama est journaliste, et désormais romancier. Son premier ouvrage, sobrement nommé Kurt, imagine les ultimes pensées, face à un vieux caméscope, du défunt chanteur de Nirvana. Rencontre.

Comment t’es venu l’idée de te mettre dans la tête de Cobain ?

Avant d’en venir à Kurt Cobain, mon souhait était d’arriver en littérature avec une proposition actuelle et une langue qui correspondait au ressenti de ma génération. Je voulais écrire un premier roman qui corresponde au monde dans lequel on vit : désenchanté, nerveux, cynique, avec une atmosphère grise comme la crise. Début 2015, il y eut une double rencontre décisive avec Amanda Sthers qui dirige la collection Miroir chez Plon, et Lisa Liautaud, mon éditrice, grande fan de rock. Le nom de Cobain s’est vite imposé. Il me permettait de raconter une trajectoire météoritique, Cobain étant mort à 27 ans, rapide comme une chanson punk. En tout et pour tout, Nirvana c’est trois albums studio et trois albums live. Soit un éclair dans l’histoire de la musique. Et pourtant, le groupe est majeur dans l’histoire du rock. Articuler le roman autour de cette irruption soudaine m’intéressait.

Comment, en temps que lecteur, faire la part du vrai et du faux ? Devons nous d’ailleurs essayer ?

Venant de la presse rock – les Inrocks et Rolling Stone pour ne pas les citer – je tenais à ce que “Kurt” soit fiable sur le plan biographique. Le récit de l’enregistrement de l’album Nevermind, le premier passage au festival de Reading puis le second, la virée à Miami, le mariage avec Courtney Love : tout est vrai. Mais puisqu’on bascule du coté de la littérature plutôt que celui de la biographie, tout est sujet à interprétation également. Dans le roman, je prends le parti de faire parler Kurt face caméra. J’imagine ce qu’il aurait pu dire – lui qui rechignait à se livrer en interview – j’essaie de raconter les évènements de son point de vue. Le fait de dire “je” induis de la subjectivité, un traitement gonzo, un récit au plus près des sensations. Avec la drogue, les montées d’adrénalines et les phases de manque, on se demande ce qui est de l’ordre du factuel et de l’imaginaire. Et c’est justement ce flou artistique qui donne de l’intérêt au récit.

Aurais-tu pu écrire ce livre sans être fan de Nirvana ?

Je ne pense pas. Pendant plus de deux ans, Nirvana tournait en boucle dans mon appartement, sur mon ordinateur et dans mon smartphone ! J’ai écouté toutes les versions possibles et imaginables de ses morceaux, les pirates, les early versions, les lives donnés dans des endroits improbables. Impossible de faire ce travail qui revient concrètement à écouter Cobain au petit-déjeuner, si on est pas un fan dans l’âme !

Tu fais parler Cobain. As-tu eu la peur de manquer de respect, d’aller trop loin ?

C’était ma grande crainte. En me plongeant dans l’œuvre de Nirvana, j’ai véritablement compris qu’il y avait deux façons d’aborder leur musique. La première en survolant. Cela revient à considérer Cobain comme la caricature de l’excité gueulard et destroy. La seconde, plus intéressante, revient à l’écouter vraiment. Derrière l’image du junkie mal coiffé et mal rasé, il y a de la poésie et un vrai message politique. Le Kurt que je raconte est romantique, christique, engagé, écorché-vif. Il est désespéré mais pas nihiliste. Sa musique porte un message. Elle est à la fois un témoignage de sa souffrance et de son existence.

Aurais-tu pu écrire un tel roman avec un autre artiste ?

C’est la grande question. J’aurais bien aimé raconter l’itinéraire des frères Gallagher, la façon dont Oasis est devenu l’emblème de la Brit Pop en partant de rien et de Manchester mais les membres du groupe sont encore en vie et le recul nécessaire manque. Cobain a l’avantage d’être un peu plus qu’un “simple” artiste. Il est un mythe. Son entrée dans le Club des 27, sa disparition à l’âge où le commun des mortels commence seulement à construire sa vie, tout cela en fait un formidable personnage de roman.

Kurt de Laurent-David Samama est disponible chez Plon. Pour plus d’informations sur le livre, servez-vous sur le site de l’éditeur.

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