Troisième et dernier jour du Sakifo Musik Festival et grosse gueule de bois. Comme seul remède, j’ai choisi Danyèl Waro, Flavia Coelho, Blitz The Ambassador, Orelsan, Saul Williams, Patrice et Chinese Man. Un dimanche 3 juin pour un final en apothéose !

Danyèl Waro

Dimanche, 5h. Que faire ? Aller se coucher ou attendre le début du Risofé ? Je mets donc du whisky dans mon café et patiente que l’heure arrive avec les « dalons » Pascal et Gogo. Une pizza piment et un vomi plus tard, je suis paré pour décoller. Direction le quartier de Terre Sainte où aura lieu le traditionnel Risofé du Sakifo, un petit déjeuner avec barquette de « riz réchauffé », accompagné d’un concert de Danyèl Waro. 8h30, déjà un bon peu de monde et une chaleur étouffante sous ce ciel bleu ! En attendant, je vais tremper les pieds dans la mer juste en face et je reste songeur en voyant la forte houle déferler. 9h, Danyèl commence sa messe.

Danyèl Waro est l’un des principaux fer de lance du maloya, grande musique tradionnelle qu’il a su avec sa poésie et sa voix faire renaître, aussi bien sur l’île qu’en France et dans le monde. Roulèrkayamb, tambour malbar, bobre, congas, puis sa voix terrassante : magique ! Le public bâtard, parfois pieds nus pour mieux sentir la terre, est en parfaite communion. Comme à son habitude, Danyèl est tour à tour monté sur ressort, sa touffe blonde dans tous les sens, ou concentré sur son mot et ses solos vocaux. Tenir cette nuit blanche fut difficile, mais quel plaisir au final. « La vie on la mange, mon frère. »

Maintenant un bon repos s’impose.

Flavia Coelho et Blitz The Ambassador

Réveil difficile ! Une douche, beaucoup d’eau et je fonce au festival. Je suis à la bourre pour Flavia Coelho : une belle brésilienne installée à Paris. Les quelques morceaux survitaminés que je peux voir remplacent tous les bols de café que j’espérais. Cette future grande demoiselle de la world music distille un savoureux mélange entre harmonies de la samba et de la bossa nova, syncopes chaloupées du reggae, énergie du raggamuffin et pulsations fondamentales des musiques africaines. Bref, un véritable « carnet de voyage » que je vous conseille de retrouver sur son premier album Bossa Muffin. Une mise en jambe idéale pour démarrer la journée.

Sourire aux lèvres, je fonce ensuite du côté de Blitz The Ambassador. Ce ghanéen résidant américain déchaîne les sonorités afrobeat et hiphop avec un flow de rimes efficaces : un savant mélange entre le groove de Fela Kuti et les meilleurs MC de New York. Avec samples de Prodigy, tourbillons de cuivres et guitares funky saturées, l’ambassadeur sait recevoir. Encore un concert qui met le Nespresso en déroute !

Orelsan

Artiste hiphop devenu mainstream avec le succès, Orelsan débarque à la Réunion les polémiques pleins les valises. « Chanter Sale Pute, c’est une très mauvaise idée » se marre-t-il d’entrée de jeu, et tout le public avec. Tant mieux ! Orelsan est une putain de star désormais, sa prestation sur scène en est la preuve vivante. Merci à Jérôme, l’organisateur du Sakifo, de ne pas avoir eu la Mauvaise idée de le déprogrammer. Son rap malin, combattif et criant de vérité fait mouche. Le public jeune et compact reprend par coeur chacune des paroles. Les petits bras sont en l’air du début à la fin. A côté, maman hoche la tête, maman adore. Moi aussi. Je me laisse prendre au jeu. Ce concert restera longtemps marqué dans l’histoire du festival.

La réaction de maman et moi durant le concert d’Orelsan.

Saul Williams

Poète, écrivain, acteur et musicien, on ne compte plus les facettes du talent de l’américain Saul Williams. On dit de lui qu’il est un performer exceptionnel. Et ben, mazette ! Saul Williams est le David Douillet de cette édition 2012 : il a l’air sympa comme ça de premier abord, mais quand il te chope, il ne te lâche plus ! Je pense à Hendrix, à la bonne époque des Red Hot Chili Peppers et des TV On The Radio, énorme. La fatigue est une histoire ancienne. Ça saute, c’est électrique, harmonique, volcanique, surtout hypnotique ! Ecoutez son 4e album Volcanic Sunlight pour vous faire une petite idée.

Ma réaction durant le concert de Saul Williams.

Patrice

Tranquille, Patrice débarque une nouvelle fois du skatepark, voisin au site du festival. Patrice est beau, Patrice est cool, Patrice est stylé, Patrice pourrait faire beaucoup de jaloux, et pourtant… Tout le monde l’aime, surtout ici à la Réunion. Tout au long de son concert très attendu, Patrice fait preuve d’une spontanéité réglé au millimètre : du reggae jamaïquain de ses débuts au funk yankee millésimé, en passant par la soul, le rock, le folk anglais, le ragga pour le plus grand plaisir du public forcément acquis à sa cause… Autant de styles que Patrice apprivoise avec facilité sur scène. Un bon moment de partage et de convivialité, reposant et agréable, nécessaire avant le grand final, mais bon…

Ma réaction après le concert de Patrice.

Chinese Man

Après deux volumes des Groove sessions qui ont fait son succès en France et à la Réunion, Chinese Man a enfin sorti son premier véritable album Racing with the sun, à écouter d’urgence. La musique de ce collectif français trouve ses racines dans le hip-hop et le trip-hop, mais flirte facilement avec le dub, l’afro-beat,le reggae, le funk ou toutes sortes de musiques traditionnelles. Parfait pour finir en beauté ! Le public très présent a bien fait de rester malgré l’heure tardive d’un dimanche soir. Sur scène, entourés d’écrans géants et accompagnés d’un MC et de Tumi, ils attaquent le set comme des véritables guerriers à l’esprit zen, puis montent en puissance à base de beat, de scratch, de distortions pour un final époustouflant. Un concert qui met tout le monde KO et un joli point final au Sakifo Musik Festival 2012.

Ma réaction durant le concert de Chinese Man.

Photo de la fanpage de Chinese Man.

Voilà, 3 jours de festival avec de très beaux moments comme chaque année. Alors, je vous vois l’année prochaine ? 10 ans, ça se fête, non ?