Il fut une star du disco et un gros vendeur de disques, deux entité en voie de disparition. Rencontre avec l’auteur de Love In C Minor.

Avez-vous l’impression qu’il était plus facile pour un gosse de banlieue de réussir à votre époque qu’aujourd’hui ?

Non je ne pense pas, parce qu’on avait pas nous tous les accès net pour se faire un minimum connaitre… A notre époque on avait un objectif: il fallait tout faire pour être différent des autres. Et à ce moment-là on était obligés de se faire remarquer par la scène, et moi j’ai fait trois ans avec un groupe qui était très connu à l’époque qui s’appelait Kongas et c’est là que je me suis fait remarquer. Donc quand j’ai décidé de tenter une carrière solo je n’arrivais pas de nulle part. Aujourd’hui c’est difficile parce que la barre est de plus en plus haute, je ne parle pas artistiquement, je parle par rapport au nombre de jeunes qu’il y a… Mais d’un autre coté c’est très facile d’apprendre à jouer sur un ordinateur, et ça a permis à beaucoup de jeunes d’émerger dans la fin des années 1990, début 2000. Ensuite la majorité ont dégagé et les gros sont restés.

Et votre départ aux Etats-Unis a été motivé par le sentiment que la France ne pouvait pas vous offrir ce que vous recherchiez ?

J’avais pas cette prétention là… Je ne me disais pas « les français sont des nazes, je vais aller voir les ricains ils vont comprendre ». En fait j’ai fait mon premier album « Love in C Minor » que j’ai produit seul et aucune maison de disque n’a voulu me signer en France donc j’ai fait fabriquer 5000 vinyles et ensuite il y a eu l’effet tache d’huile et les vinyles sont partis un peu partout et ça a marché surtout aux Etats-Unis que ça a fait mouche.

Et la légende dit que ce serait par erreur que 300 vinyles de Love in C miner aurait atterri aux Etats-Unis, c’est vrai ?

Oui mais attend, c’est pas ça qui m’a fait marcher aux Etats Unis, ça serait trop facile… (rires) Quand on est ambitieux et habité par la passion la vie fait toujours des cadeaux. Moi je dis toujours : « faut être sur le quai de la gare, ça veut pas dire que le train va passer, mais s’il passe c’est pour vous ! »

Pourquoi avoir toujours entretenu votre image de batteur alors que vous étiez finalement devenu plus un producteur ?

Tout simplement parce que pendant 40 ans j’ai toujours fait de la scène, c’est ça qui m’a maintenu aussi, et que sur scène j’ai toujours été batteur. J’ai passé ma carrière à faire des concerts et à un moment donné j’ai commencé à me poser des questions, à me demander si j’allais continuer longtemps. Parce que c’est fatiguant quand on est à la batterie de faire un concert de 2 heures, et en plus la batterie était pas cachée derrière donc il fallait que je fasse un peu le spectacle donc c’est très dur physiquement.

Et justement dans une interview que vous avez donnée il y a 10 ans vous vous demandiez où vous seriez 10 ans plus tard, on y est maintenant !

Oui exactement, et donc quand je me posais tout un tas de questions, ma maison de disque Because m’a largement poussé à passer aux platines. Evidemment j’ai éclaté de rire la première fois qu’on m’a proposé, et puis à force j’ai interrogé quelques copains qui étaient des gros DJ et ils me disaient tous que si je n’étais pas légitime pour faire ça alors personne ne l’était… Donc j’ai commencé à m’acheter du matériel, j’ai touché à Ableton, et puis j’ai commencé à apprendre tout en continuant à faire quelques concerts live.

Tout ça s’est passé quand ?

J’ai commencé il y a environ 3 ans et puis c’est parti en flèche ! Après je ne joue que mon répertoire, je suis pas vraiment un DJ qui passerait des morceaux divers et variés, je reste un producteur. Et avec ça j’ai la chance de faire des festivals un peu partout !

Et vous ressentez le même plaisir en étant DJ que quand vous étiez sur scène à la batterie ?

C’est la même chose, vraiment ! Quand vous avez un public qui est là, content, avec la banane, qui était content de venir et encore plus à la fin, et bien c’est la même chose qu’en concert. La seule différence c’est que c’est beaucoup plus facile pour moi physiquement.

Et les lives vous en faites de moins en moins ?

Oui c’est vrai, je refuse de plus en plus parce que si je fais un live il faut que je fasse une grosse tournée avec une grosse prod et beaucoup de matos. On commence à en parler un petit peu pour les Etats Unis mais il n’y a rien de précis pour l’instant.

Donc vous voulez toujours lier la musique à l’événementiel ?

Bien sûr, je veux garder la notion de spectacle ! En live j’ai fait de très très gros concerts, et j’ai eu les moyens d’avoir les moyens, sans mauvais jeu de mot, donc j’ai envie de continuer comme ça. En plus de ça, tous les lives que je vois et qui me donne envie de remonter sur scène, c’est des trucs avec des vrais musiciens, des mecs qui assurent, et du grand spectacle ! En plus si je veux faire monter sur scène avec moi les musiciens qui sont venus jouer sur mon dernier disque, j’ai envie de les engager sur 6-8 mois pour faire un gros truc et pas simplement quelques concerts par-ci par-là.

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Aujourd’hui en boite de nuit on entend plus beaucoup de disco, est-ce que ça vous attriste ?

Attention il y a disco et disco ! Il y a la vraie disco, ce que j’espère avoir fait, et puis il y a du Born To Be Alive… Donc c’est vrai qu’en boite de nuit, ma disco ne passe plus, mais par contre en club il y a des dj qui continuent à en passer. Par exemple Laurent Garnier passe souvent Supernature, et il la passe en entier ! Mais c’est évident qu’aujourd’hui dans la plupart des boites de nuits ils passent du tube, et encore du tube, or la vraie disco c’est pas du tube, c’est pas chanté comme du tube, c’est plus une musique lancinante, vous rentrez dedans, vous êtes dans le trip…

Et une fois que vous avez réussi à imposer votre disco dans le paysage musical international, ça vous a déçu de voir qu’elle s’est vulgarisée, « popisée » avec des gens comme Hernandez que vous avez cité ?

Déçu non, parce que j’ai eu la chance que ça arrive après Supernature. J’avais déjà fait trois albums, j’avais déjà eu des Grammys, j’étais déjà installé. Ce qui est arrivé c’est que chaque pays a pris ses stars locales, en France ils ont pris Dalida, et ils leur faisaient chanter des chansons arrangées en mode disco et les américains ont appelé ça la « disco suck ». Moi j’ai tout fait pour éviter d’entrer là-dedans.

Donc vous ne vous êtes pas dit: « c’est dommage, on a réussi à faire quelque chose de nouveau et d’intéressant et finalement ils ont changé ça en variété » ?

On a cru à un moment donné qu’ils avaient tué le coup, et on en parlait avec Nile Rodgers qui est d’ailleurs toujours un grand ami. Lui en a souffert encore plus que moi parce qu’il est resté en plein dans la musique. Moi je me suis mis à produire des gros évènements un peu partout et à chaque fois ça me prenait deux ans de ma vie donc artistiquement j’étais nourri pareil mais en restant un peu en retrait de toute cette mode. Ensuite il y a eu les jeunes comme les Daft Punk qui ont apporté la House et toute cette culture électronique qui ont vachement réveillé le truc.

Et justement ils ont bouclé la boucle avec RAM où ils ont fait jouer des gens comme Nile Rodgers, Giorgio Moroder.

Ils ont démarré en me samplant, on a toujours eu de très bons rapports, et c’est vraiment bien qu’ils aient eu autant de succès en faisant ça ! Et en plus tout ça s’est passé au moment où ma maison de disque me poussait à prendre les platines, et je voyais Giorgio qui le faisait à 77 balais…

C’est parce que Moroder l’a fait que vous vous êtes lancé ?

Non pas vraiment, sinon je vous le dirais ! Par contre si j’avais entendu que Moroder l’avait fait et s’était fracassé la gueule alors là évidement je n’y serai pas allé ! (rires)

Après son dernier album c’est un peu ça quand même….

On n’en parlera pas… Quel dommage… Mais bon 77 balais, où je serai moi à cet âge là ?! (rires)

Vous avez vécu une période bouillonnante pour la musique, et aujourd’hui qu’en est il selon vous ? On est au lendemain des victoires de la musique et ça laisse quand même un gout amer.

Pathétique ! Me n’en parlez pas parce que sinon je vais pas être gentil, mais on est tellement pas du même monde. Où ils en seront dans 5 ans tous ceux qui sont passés ? Après je ne critique pas les victoires de la musique en tant que tel parce que c’est bien comme manifestation mais c’est tout bidouillé… Vous écoutez vous ce qui est passé aux Victoires de la musique ? Non. Donc vous ne pourrez pas dire que j’ai été le seul à critiquer cette soirée ! (rires)

Qu’est-ce que vous écoutez aujourd’hui alors ?

En France c’est vrai que j’ai bien aimé Christine and the Queens, c’est intéressant c’est créatif, c’est audacieux. Y’en a 3-4 comme ça. Par contre à l’international il y a tellement de bonnes choses ! The Weeknd par exemple, y’a rien à jeter. Et en variété, et pourtant ce n’est pas ma came, mais tous les trucs comme Sia, Adele et les autres, c’est quand même de la qualité. J’ai l’impression que le niveau remonte depuis quelques années. Même Maroon 5 par exemple faut écouter c’est hyper bien produit ! On a une qualité artistique qui revient, je suis content de ça ! Après y’a évidemment le problème de la radio parce qu’il y a beaucoup de choses que j’aime qui ne passent jamais, et donc tous les jeunes à qui je parle comme vous me disent tous qu’ils n’écoutent pas la radio… Donc je me dis que même à mon âge je suis pas totalement largué parce que moi non plus je n’écoute pas la radio, même en bagnole c’est pas écoutable !

Propos recueilli par Georges Louche-Derval



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